Sujet :

Témoignage d'un expatrié de la Francophonie

Date :

19/05/2011

De Florian Garand  (courriel : florian.garand(chez)gmail.com)

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Voici un témoignage d'un jeune français qui voudrait travailler pour la Francophonie, mais ... 

 

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Diplômé d'une maîtrise FLE (Français Langue Étrangère) obtenue à La Sorbonne puis d'un master-2 professionnel de FLE fait à distance, j'ai exercé majoritairement à l'étranger dans des organismes privés de langue, des universités et surtout au sein du réseau culturel du MAE (alliances françaises et instituts culturels - Ministère des Affaires Etrangères). J'y ai occupé plusieurs postes à responsabilités : de l'enseignement à la coordination pédagogique des dispositifs de formation, en passant par la mise à jour du site Internet ou la mise en œuvre de contenus de formations en ligne. Tout cet investissement couronné de succès et de vives appréciations de la part de mes employeurs ne m'a jamais permis d'accéder à un contrat de travail décent (mensualisé) et m'a maintenu dans la précarité avec des signatures à répétition de contrats de vacation.

Écœurant ! La France se sert de ce réseau pour asseoir le rayonnement linguistique et culturel de la France à l’étranger. Cependant, elle ferme les yeux sur les très médiocres conditions de travail de ses professeurs expatriés et saisit toutes les occasions de faire des économies en ne créant pas de postes, en n’ayant à payer ni retraite, ni congés maladies, ni allocations chômage à leur personnel français enseignants.

Pour mieux vous rendre compte de la situation calamiteuse du réseau culturel du MAE dont le but est pourtant de faire vivre la francophonie, voici en quelques points un descriptif succinct des conditions de travail d'un enseignant FLE :

* Statut de vacataire pour 90 % des enseignants recrutés localement avec des contrats signés chaque année sans aucune garantie du maintien de leur volume horaire de cours : DÉVALORISATION

* Titularisation ou mensualisation extrêmement rare dans la majorité des établissements (en moyenne, création d'un poste à temps plein tous les 5 ans) : MÉPRIS

* Politique de recrutement et gestion du personnel obscure où les enseignants diplômés de FLE et expérimentés sont mis en concurrence avec les femmes de "..." (directeurs de grandes entreprises françaises), les étudiants des grandes écoles en échange universitaire désireux d'améliorer leurs fins de mois ou des enseignants de l'EN (professeurs de mathématiques, d'histoire, de philosophie, ...) venus goûter l'appel du large ... : COPINAGE

* Rémunération "fluctuante" des vacataires calculée au prorata des étudiants présents dans la classe (5-6 étudiants = 8 euros de l'heure / 7-9 étudiants = 10 euros de l'heure / 10-14 étudiants= 14 euros de l'heure) , ce qui crée un climat malsain de concurrence entre les enseignants. : EXPLOITATION

* Aucune valorisation salariale en fonction des diplômes (Bac + 4 minimum), de l'ancienneté et des résultats des enseignants : PRÉCARITÉ

* Disparité des salaires des directeurs nommés par le Ministère des Affaires Étrangères et qui ont EUX le statut d’expatrié avec tous les avantages que cela représente à savoir des droits en France, des salaires pouvant atteindre les 5000 euros/mois + avantages en nature : INDÉCENCE

* Aucune prestation sociale, aucune assurance chômage, aucune prise en charge du coût des transports, aucune cotisation retraite versées aux vacataires, les laissant à moyen et long terme dans une situation administrative inextricable : MALVERSATION

* Aucune revendication syndicale possible face à la gestion des ressources humaines humiliante et méprisante soutenue par le service culturel de l'ambassade et son attaché culturel qui nie la souffrance et la désespérance des enseignants et qui vend à ces derniers la vacation comme seul horizon professionnel : IMPUNITÉ

La liste est longue et pourrait continuer ainsi pendant longtemps. La francophonie « en perte de vitesse » partout dans le monde peut-elle se passer de personnels qualifiés et compétents ? Peut-elle continuer à vivre sur le mépris de ses principaux acteurs de diffusion ? Peut-elle continuer à scier la branche sur laquelle elle est assise ?

Nous sommes beaucoup à « jeter l'éponge » par faute de reconnaissance, de valorisation salariale et de réelles perspectives d'évolution auquel vient s'ajouter un mépris "quasi total" de notre diplôme et de nos expériences en cas de retour en France.

Alors, si vous pouviez coller ce témoignage sur votre site pour qu'il en appelle d'autres et pour que ce mépris lattant pour le FLE cesse enfin, je vous en serais très reconnaissant.

Puis-je compter sur vous ?

 

Florian Garand

Enseignant « vacataire » de FLE dans le réseau culturel du MAE

 

 

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Réponse de M. Charles Durand :

 

Ces remarques corroborent celles qui m'ont été faites par un certain nombre de personnes qui étaient dans une situation similaire lorsque je travaillais au Vietnam. Il est probable que, depuis, la situation se soit empirée faute de budgets pour la promotion de la langue et de la culture française qui sont de plus en plus amputés et rognés.

 Le centre culturel français de Hanoï recrutait, à l'époque où j'habitais cette ville, un nombre croissant de Vietnamiens à des conditions locales, c'est-à-dire sans avantages sociaux particuliers, et qui étaient payés pour les heures enseignées à des taux nettement inférieurs à ceux s'appliquant aux Français disposant de postes contractuels au sein de "l'Espace" (nom du centre culturel français de Hanoï). Ma femme vietnamienne me dit que, lorsqu'elle avait commencé ses cours à l'Espace, il y avait 2 Français pour un Vietnamien dans le personnel enseignant mais, lorsqu'elle a cessé de fréquenter le centre, la proportion était déjà passée à un Français pour un Vietnamien dans le corps enseignant. Tout me laisse penser que, au jour d'aujourd'hui, les professeurs vietnamiens de français doivent être largement majoritaires.

 Le niveau de compétence linguistique des gens qui sont engagés est à peu près équivalent, qu'ils soient autochtones ou français. Cependant, bien que plus économique, la solution consistant à recruter systématiquement des autochtones à la place des Français pose quand même un problème. Par exemple, au Vietnam, un Vietnamien venant à l'Espace pour prendre des cours recherchera naturellement un contact avec d'authentiques Français et, si le choix lui est donné, ce dernier s'inscrira à un cours de français enseigné par un professeur français, bien entendu...

 Nous avons eu un problème équivalent à l'IFI qui avait engagé plusieurs professeurs vietnamiens censés enseigner l'informatique en français. Cependant, je me suis vite aperçu que le niveau des étudiants en français était lamentable ce qui semblait indiquer que les professeurs vietnamiens enseignaient en vietnamien et non en français. Quoi de plus artificiel, en effet, pour une professeur vietnamien, d'enseigner l'informatique (par exemple) à des étudiants vietnamiens dans une langue étrangère ! Si au centre culturel français de Hanoï, un professeur vietnamien francophone peut effectivement enseigner les cours de français de base, remplacer les Français par des Vietnamiens à tous les niveaux aura pour résultat, à terme, de réduire très sérieusement l'intérêt des étudiants vietnamiens vis-à-vis des cours du centre culturel.

 En ce qui concerne M. Garand, je suppose qu'il a probablement commis l'erreur de chercher à travailler pour un centre culturel là où il se trouvait au lieu de tenter de se faire recruter en France pour un tel poste en tant qu'expatrié. Effectivement, dans ce cas, il a dû être embauché aux conditions locales. Ces conditions peuvent convenir à un autochtone qui a probablement deux ou trois autres petits boulots de ce genre, mais certainement pas à un expatrié.

 Vu la réduction constante des budgets, les directeurs des centres culturels sont placés devant un choix très simple: soit fermer leur centre, soit continuer de bric et de broc en comprimant au maximum les salaires, donc en engageant un maximum d'enseignants aux conditions locales et sans avantages sociaux dès qu'ils en ont la possibilité.

 

 

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Témoignage tiré du site « Jeune France », de Raphaël Dargent :

 

Jeune France

Des Lettres,

de l'Histoire,

de la Politique de la France

http://www.jeune-france.org/Langue%20francaise/langue4.htm

 

 

Vingt-Sept Mois Au Vietnam :

Un témoignage exclusif sur les insuffisances et les contradictions de la politique francophone

Entretien avec Charles-Xavier Durand

 

Charles Durand est membre du comité éditorial de notre revue Libres.

Il est un ami de longue date de Jeune France et a enrichi notre site Internet de nombreux articles dans le domaine de la défense de la langue française. Charles Durand vient de passer 27 mois au Vietnam en tant que directeur de l’Institut de la Francophonie pour l’informatique (IFI) de Hanoï, qui est financé par l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF).

Je l'ai récemment interrogé à propos du travail qu’il a effectué au Vietnam.

R.D

 

Raphaël Dargent. - Charles, nous avons publié d’assez nombreux articles dont tu es l’auteur sur le site de Jeune France et également dans notre revue Libres. Nous avons fait également la publicité de tes livres dont les thèmes s’inscrivent parfaitement dans le cadre de nos préoccupations et de notre orientation politique. Tu es informaticien mais tu as beaucoup écrit sur la Francophonie et tu viens de travailler 27 mois pour un organisme de la Francophonie institutionnelle au Vietnam. Pourrais-tu, pour nos lecteurs, nous décrire ce que tu y as fait ?

 Charles Durand. - Volontiers, mais je voudrais d’abord faire remarquer que je ne me présente plus comme un auteur qui écrit à propos de la Francophonie et de la défense de la langue française mais plutôt comme quelqu’un qui s’intéresse au de conditionnement social et à la manipulation des masses par le biais des modifications imposées à la langue, indépendamment de son évolution naturelle. Je publie actuellement sur ce qu’il est convenu d’appeler « la guerre de représentation », la « guerre cognitive » et l’utilisation de la langue comme levier stratégique de puissance. Si aujourd’hui je passe effectivement beaucoup de temps à écrire sur ces sujets et que je néglige quelque peu ma recherche en informatique, qui est mon métier d’origine, c’est parce que l’évolution suivie par notre société m’inquiète au plus haut point et que j’estime que ceux qui peuvent contribuer à enrayer des tendances néfastes ont le devoir de le faire. Fort heureusement, je ne suis pas le seul à être conscient de cette urgence et je suis à ce propos en contact avec des intellectuels, des hommes d’affaires, des anciens hauts fonctionnaires, des ingénieurs, des professeurs qui sont tous engagés dans des démarches parallèles à la mienne.

 

R.D. - Est-ce que cela a une relation avec le travail que tu as effectué ?

C.D. - Dans une certaine mesure, oui. Mes connaissances m’ont permis de porter un regard critique sur mon cadre personnel d’intervention et sur celui, plus général bien sûr, de l’AUF.

 

R.D. - Quelles sont les activités de l’Institut de la Francophonie pour l’informatique de Hanoï ?

C.D. - L’IFI est une école d’études supérieures en informatique de niveau DEA. Depuis la réforme LMD du système universitaire français, on peut dire que l’IFI offre un programme de « Master » en informatique qui s’étale sur deux ans. Nos étudiants font trois semestres d’études à l’institut et un semestre de stage dans un pays francophone du Nord qui se déroule généralement dans un laboratoire universitaire ou un laboratoire de recherche d’État affilié à des organismes tels que l’INRIA (l’Institut national de recherche en informatique et automatique) en France ou le CRIM (Centre de recherche en informatique) de Montréal au Canada, qui est financé par le gouvernement provincial du Québec, par exemple.

 

R.D. - D’où provient le financement de l’institut ?

C.D. - Nos étudiants n’ont pas de frais de scolarité à payer. Au contraire, ils reçoivent tous une bourse, modeste bien sûr, mais suffisante pour leur permettre de vivre à Hanoï. Le montant de cette bourse est d’ailleurs modulé en fonction de la provenance de l’étudiant. Un étudiant du sud-Vietnam reçoit par exemple, en plus de sa bourse, une allocation logement pour vivre à Hanoï. L’institut est financé presque totalement par l’Agence universitaire, elle-même financée par un consortium de pays francophones du Nord. Cependant, dans les faits, c’est le ministère des Affaires étrangères français, c’est-à-dire les contribuables français, qui financent l’agence à hauteur de 85% environ. Les 15% restants viennent de la communauté française de Belgique (Wallonie-Bruxelles) et du Québec. Pour autant que je sache, la Suisse et le Luxembourg ne cotisent pratiquement pas. L’IFI, tout autant que l’AUF, se présente comme un organisme international ce qu’il est quelque peu difficile de justifier au vu de l’énorme déséquilibre entre les diverses sources de financement.

 

R.D. - Le Vietnam est membre de l’organisation internationale de la Francophonie (OIF). Y-a-t-il beaucoup de francophones au Vietnam ?

C.D. - Le Vietnam est effectivement membre à part entière de l’OIF. Cependant, il vient en avant-dernière place pour sa proportion de francophones dans un classement établi par l’OIF elle-même. Parmi les pays membres, le Vietnam est presque la lanterne rouge juste devant le Laos, avec 0,3% de francophones sur une population de 82 millions, ce qui représente un peu plus de 200.000 francophones. De prime abord, cette francophonie résiduelle est presque invisible, à tel point que, souvent, on n’entend même pas un seul mot de français dans les annonces faites sur les vols de la Vietnam Airlines à destination de Paris.

 

R.D. - Comment peut-on expliquer qu’un pays avec une proportion aussi faible de francophones soit membre à part entière de l’OIF alors que l’Algérie, avec 70% de francophones, n’y soit pas représentée ?

C.D. - Cela fait partie des mystères que je n’ai pas encore pu élucider. A ce titre, en Asie, la Corée du sud serait nettement plus éligible que le Vietnam pour devenir membre de l’Organisation internationale de la Francophonie puisqu’on y compte 2% de francophones soit 1 million sur une population qui approche les 50 millions.

 

R.D. - Dans quelle langue fonctionniez-vous à l’IFI ?

C.D. - En principe, tout se fait en français à l’institut. Cependant, il faut introduire deux bémols à cette affirmation. Premièrement, les trois quarts de nos étudiants, qui sont recrutés sur des critères exclusivement techniques, ne sont pas francophones lorsqu’ils s’inscrivent à l’institut. Deuxièmement, il devient de plus en plus difficile de travailler exclusivement en français lorsqu’on étudie l’informatique, principalement du fait que les publications des travaux de recherche dans ce domaine ne se font quasiment plus qu’en anglais.

 

R.D. - Que faites-vous pour les étudiants qui ne sont pas francophones ?

C.D. - Ces étudiants s’inscrivent dans une classe dite « préparatoire ». Il s’agit en fait d’un cours intensif de français qui dure huit mois et à l’issue duquel ils sont en principe capables de suivre un cours d’informatique en français. A la création de l’institut, en 1995, il avait été prévu que cette classe disparaîtrait à l’orée de l’an 2000 car l’IFI devait être normalement alimenté en étudiants francophones spécialisés en informatique par le biais des filières universitaires soutenues par l’AUF au Vietnam.

 

R.D. - Il existe donc des dispositifs francophones en dehors de l’IFI au Vietnam ?

C.D. - Oui, mais il faut faire à ce propos une petite rétrospective historique. Comme tu le sais, les Français sont partis du Vietnam en 1954 après Dien Bien Phu. Dans les 35 années qui suivirent, l’enseignement du français fut quasiment supprimé au nord-Vietnam. Au sud, entre 1954 et 1975, il fut en grande partie substitué par l’enseignement de l’anglais. Dès leur installation au Sud, les Américains voulurent liquider l’influence française. C’est ainsi que diverses mesures incitatives furent prises par les autorités américaines dans les années 60 pour que les conservateurs des bibliothèques vietnamiennes se débarrassent de leurs livres français pour les remplacer par des livres américains. J’ai personnellement rencontré un témoin oculaire de cette époque qui avait vu les livres français enlevés par camions entiers des bibliothèques universitaires de Saïgon. Au nord, pendant près de 35 ans, l’enseignement des langues étrangères se recentra essentiellement sur le russe et le chinois, puis sur l’anglais à partir de la fin des années 80.

 

R.D. - Pourquoi supprimer l’enseignement du français alors qu’il avait servi à former toutes les élites vietnamiennes ? Après tout, Ho Chi Minh était un parfait francophone, ainsi que Giap et tous ceux qui ont combattu le colonialisme français…

C.D. - Absolument ! Toutefois, à l’issue d’un siècle de présence française, la langue vietnamienne présentait de sérieuses carences en termes techniques de toutes sortes. Les élites vietnamiennes avaient été toutes formées en français et ne connaissaient pas les termes vietnamiens spécialisés relatifs à une multitude de disciplines. Certaines de ces élites doutaient même très sérieusement des capacités du vietnamien à rendre compte des réalités du monde moderne. Le même phénomène survint chez les Japonais au début de la restauration Meiji, dans la seconde moitié du XIXe siècle et également en Chine dans les années 30. Or, si une partie de l’élite antérieurement colonisée n’avait plus confiance dans sa propre langue dans l’optique d’un développement économique et culturel devant faire suite à une indépendance politique chèrement acquise, comment le peuple aurait-il pu reprendre confiance en lui-même pour décider de sa propre destinée ? Dans une certaine mesure, ce phénomène sévit actuellement en France même, dans le secteur scientifique, où de nombreux chercheurs pensent qu’il est impossible de se passer de l’anglais pour faire de la recherche scientifique, tout en théorisant qu’ils ne peuvent pas s’affranchir des liens de dépendance qu’ils ont dans leur domaine professionnel vis-à-vis du monde anglo-saxon pour des raisons techniques. Bon nombre d’intellectuels vietnamiens avaient une opinion similaire vis-à-vis de la France et du français à l’orée des années 50. C’est la plus évidente manifestation de ce que j’appelle « colonisation mentale » qui accompagne la colonisation tout court mais qui peut subvenir sans présence physique du colonisateur, comme on le voit aujourd’hui en France.

 

R.D. - Quelle fut la solution à ce problème ?

C.D. - Les élites vietnamiennes se sont parfaitement rendues compte qu’il n’y aurait pas d’indépendance réelle si leur esprit n’était pas d’abord indépendant de la langue de l’ex-colonisateur. Cela passait forcément par un travail de nature linguistique important de façon à ce que tous les intellectuels vietnamiens pussent raisonner selon leurs propres schémas mentaux, avec les référentiels de leur culture et avec les représentations cognitives propres à leur langue. Il fallut donc générer des milliers de nouveaux mots et cela ne s’est bien sûr pas fait n’importe comment. Les érudits qui ont fait ce travail avaient besoin de vastes connaissances. Il leur fallait avoir étudié le latin et le grec et ils devaient également connaître le chinois.

 

R.D. - Pourquoi le chinois ?

C.D. - Parce que le vietnamien s’écrivait en caractères chinois avant le début du 20e siècle et que, comme pour le chinois, le vietnamien est une langue monosyllabique sans conjugaison. Les mots y sont invariables et le système d’écriture latinisé actuel n’est que la translittération des caractères chinois correspondants prononcés à la vietnamienne, bien entendu. Les mots techniques et scientifiques français étaient traduits de la manière suivante. Ils étaient d’abord analysés pour en extraire les racines gréco-latines. À partir de ces racines, on générait un mot chinois équivalent et, finalement, on en faisait la translittération en prenant en compte la prononciation vietnamienne des caractères le composant. Bien entendu, ce travail a nécessité une coordination avec les lexicographes chinois. On est arrivé ainsi en quelques années à remettre à niveau la langue vietnamienne. De nos jours, cet effort se poursuit avec la traduction de centaines de nouveaux mots liés aux nouvelles techniques de l’information et de la communication. Toutefois, un travail de normalisation, d’uniformisation et de diffusion apparaît de plus en plus nécessaire.

 

R.D. - Si je comprends bien, il n’y a aucun terme étranger en vietnamien ?

C.D. - Non. Il existe au contraire des milliers de mots d’origine chinoise, comme en japonais d’ailleurs, mais qui ont été introduits à un période fort ancienne. Les spécialistes estiment aussi que le vietnamien comporte entre deux et trois mille mots qui viennent directement du français mais qui ont été adoptés par le peuple et pliés au système phonético-graphique vietnamien, comme cela est le cas pour tous les mots étrangers véritablement et définitivement assimilés par une langue quelconque. Ils sont ainsi presque toujours méconnaissables dans le discours vietnamien sauf si l’on comprend cette langue, bien entendu, alors que les mots français importés en anglais, en japonais ou en allemand, les plus récents tout au moins, demeurent parfaitement identifiables par n’importe qui dans le discours anglais, japonais ou allemand, respectivement.

 

R.D. - Quel a été le résultat de cet effort au niveau du lexique ?

C.D. - D’affranchir presque totalement les Vietnamiens de leur dépendance par rapport à la langue de l’ex-colonisateur et de conforter leur indépendance mentale et donc aussi leur indépendance politique. Dans ce processus, toutefois, il est apparu nécessaire de détacher les nouvelles générations du français et c’est la raison pour laquelle son enseignement fut supprimé. Au plan national, les Vietnamiens bénéficiaient d’un sérieux atout. Celui d’avoir un pays qui, contrairement à la plupart des pays africains, était linguistiquement unifié depuis le début du XIXe siècle. Cependant, cette politique officielle d’oubli du français a eu pour conséquence que, au début des années 90, lorsque le Vietnam a demandé de devenir membre à part entière de l’organisation internationale de la Francophonie, dans le but d’obtenir diverses aides pour le pays, le nombre de francophones était tombé à moins d’un pour cent de la population du pays.

 

R.D. - Le Vietnam n’obtenait-il pas d’aide des pays socialistes ?

C.D. - Oui, il en obtenait, jusqu’à la fin des années 80, du bloc soviétique mais l’effondrement de ce bloc fut si brusque que l’argent se raréfia en quelques mois et que les aides en nature disparurent presque du jour au lendemain. Au Cambodge, l’institut de technologie de Phnom Penh, qui avait été construit par les Russes, vit son budget fondre comme neige au soleil. Les professeurs russes ne furent plus payés et j’ai même entendu dire que certains d’entre eux voulurent continuer leur enseignement en français si la francophonie institutionnelle était prête à renouveler leurs contrats. C’est ainsi que le Vietnam participa au sommet francophone de Chaillot en 1991 et qu’il fit à cette occasion la demande officielle de création de l’Institut francophone d’informatique, qui fut renommé, en 2000, l’Institut de la Francophonie pour l’informatique par la nouvelle administration de l’AUF, qui en avait pris les rennes quelques mois auparavant. L’AUF installa son bureau régional à Hanoï en 1993 et définit sous l’impulsion du recteur de l’époque un programme ambitieux. A travers l’aide demandée par les Vietnamiens dans le domaine universitaire, on pensa qu’il serait possible de former dans le large éventail des disciplines et des spécialités universitaires offertes 5% de diplômés francophones par rapport à la population vietnamienne globale, proportion équivalente à l’ancienne population vietnamienne francophone du temps des Français. C’est ainsi que des dizaines de filières universitaires francophones furent créées dans les universités vietnamiennes qui bénéficiaient du soutien de l’AUF. Quant à l’IFI, qui fut créé en 1995, il devenait le prolongement naturel au niveau du DEA des filières universitaires francophones en informatique vietnamiennes qui devaient normalement alimenter l’institut en candidats francophones dès 1999. Le programme des classes bilingues, directement financé par la France, pour assurer une scolarisation complète en français et en vietnamien entre la maternelle et l’université, fut également créé en amont pour compléter le dispositif mis en place par l’AUF.

 

R.D. - Ces objectifs étaient-ils partagés par les Vietnamiens ?

C.D. - Le Vietnam, depuis 1985, avait décidé de s’ouvrir pour attirer les investisseurs étrangers et accélérer la formation de ses cadres supérieurs. L’AUF, le plus souvent assimilée à un organisme français, était considérée comme un outil d’aide au développement et rien d’autre. Le but des Vietnamiens n’était pas d’apprendre le français ou de le réapprendre, mais de bénéficier des aides aux programmes de l’AUF. Les besoins étaient énormes. Il fallait amener à niveau les formateurs, équiper des bibliothèques et des laboratoires. Le but des filières universitaires francophones étaient d’offrir aux étudiants des conditions d’étude et des programmes de qualité similaire à ceux que l’on trouvait dans les universités du Nord. Cependant, même si les Vietnamiens étaient nets demandeurs en encadrement et en conseils, il apparut assez rapidement quelques difficultés pour administrer les programmes. Par exemple, un étudiant dans une filière francophone qui avait suivi un cours en français devait souvent le répéter en vietnamien pour que son cours soit validé dans son cursus universitaire vietnamien. Il y eut ainsi pas mal de bâtons introduits dans les roues d’une mécanique qui, au départ, avait été très bien définie par la haute direction de l’AUPELF-UREF (le nom de l’Agence à l’époque) et qui était donc, en principe, totalement viable. En pratique, cependant, la santé des filières universitaires francophones dépend totalement de la direction des départements, des facultés et des universités auxquelles elles appartiennent. Si la création de ces filières s’est effectivement appuyée, au départ, sur des demandes des universités et des départements concernés, il suffit aujourd’hui d’un changement de directeur, de doyen ou de recteur pour les remettre en question. Le remplacement d’un recteur francophile par un recteur francophobe généralement doublé d’un anglophile ou, le plus souvent, d’un américanophile, a pour résultat presque immédiat la chute du nombre de candidats aux filières et la réorientation d’une forte proportion d’étudiants qui y sont déjà inscrits. Dans quelques cas extrêmes, des universités ont même demandé à l’AUF de continuer son assistance sous la forme de dons totalement affranchis des contrôles et des règles encadrant les programmes de l’agence. Pour être plus explicite, ce type de proposition consistait à dire : « Donnez nous votre argent et la manière dont nous le dépenserons ne vous regarde plus ! ». Il faut préciser que la direction des universités tout autant que la direction politique du pays n’est pas homogène. S’il existe encore un grand nombre de francophiles qui ont tendance à favoriser les actions de l’AUF, il existe aussi la tendance inverse, qui est malheureusement aujourd’hui de plus en plus évidente et perceptible. Plus particulièrement, les décideurs vietnamiens qui ne connaissent que l’anglais comme langue étrangère estiment désormais que les étudiants perdent leur temps dans les filières universitaires francophones.

 

R.D. - Face à ce type de comportement, quelle est la stratégie de l’AUF ?

C.D. - L’AUF essaye de jouer la carte de la diversité culturelle et linguistique. On avance que les filières permettent une ouverture à l’international, qu’elles permettent aux étudiants qui les suivent de pouvoir continuer par la suite en études supérieures dans un pays francophone du Nord. Des consortiums constitués par des universitaires des pays francophones du Nord et provenant d’établissements ayant pignon sur rue ont été formés à la création de chaque filière et sont en principe garants de leur qualité. Il existe aussi un problème de décalage entre les objectifs institutionnels et les objectifs individuels, c’est-à-dire entre ceux des directeurs d’instituts, des directeurs d’agence, d’antennes et de programmes et les objectifs institutionnels. Je m’explique : Les objectifs de l’Agence universitaire sont, entre autres, de procurer aux universités des pays émergents du Sud membres de l’agence de l’aide aux programmes lorsqu’elles en font la demande. Des individus sont alors chargés de l’administration de ces programmes et, si ces programmes ne se déroulent pas de manière satisfaisante, ce sont les administrateurs qui se font taper sur les doigts et qui seront accusés d’incompétence alors que, au contraire, ils exécutent les tâches qu’on leur a confiées. Pour cette raison, lorsque les administrateurs se heurtent à des difficultés qu’ils n’ont pas anticipées et qu’il n’est pas de leur ressort de résoudre, certains d’entre eux se sentent forcer d’améliorer les choses de manière artificielle. Ils font ainsi des rapports lénifiants qui leur éviteront d’être taxés d’incompétence par la haute direction de l’agence. Lorsque des carrières sont en jeu et que des conditions adverses affectent les résultats, il est d’autant plus facile de maquiller la réalité que les retours immédiats ne sont pas directement mesurables.

 

R.D. - La haute direction de l’AUF peut-elle être dupée de la sorte ? Ne dépêche-t-elle pas sur place des missions d’inspection et d’évaluation des programmes pour vérifier la validité des rapports qu’elle reçoit ?

C.D. - Bien sûr, mais ces missions ne peuvent pas passer au peigne fin tous les programmes et elles doivent obligatoirement passer par les administrateurs locaux pour établir les contacts nécessaires aux évaluations qu’elles sont censées faire. Ainsi, il est très facile pour un administrateur local de limiter la mission d’inspection aux meilleures classes bilingues et aux meilleures filières pour conforter les inspecteurs dans leur opinion que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ainsi, les inspecteurs sont satisfaits et les administrateurs des programmes s’en trouvent valorisés.

 

R.D. - Mais cela est complètement absurde dans un environnement où l’AUF est censée apporter une assistance en réponse à une demande vietnamienne et non l’inverse !

C.D. - Effectivement, mais l’origine de ces problèmes doit être cherchée auprès de l’AUF plutôt que dans les universités et écoles vietnamiennes…

 

R.D. - Je ne comprends pas…

C.D. - En tout premier lieu, il est impérativement nécessaire pour la Francophonie de se poser la question du rôle que doivent tenir ses institutions pour qu’elles soient viables dans le temps et les plus efficaces possible dans leurs actions. Si l’on consulte le site Internet de l’AUF, l’organisme de la Francophonie institutionnelle que je connais le mieux, ou que l’on lise les prospectus qu’elle publie, on a du mal à discerner les lignes directrices qui sous-tendent son action. En fait, ce sont les détails qui émergent en premier tels que « assistance aux universités du Sud », « aide au développement de programmes », « réseaux de chercheurs », « promotion de la science et de la recherche en français », etc. Or, la question essentielle des facteurs conditionnant le succès des programmes n’est absolument pas posée. Ces « facteurs critiques de succès », comme on les appelle quelquefois, doivent être définis au minimum en amont et en aval. Qu’est-ce qui caractérise un programme réussi en aval et qu’est-ce qui satisfait un bailleur de fonds en amont ? Il n’existe pas d’aide à sens unique et il serait utopique de vouloir agir à sens unique sans qu’il y ait des bénéfices en retour pour le ou les bailleurs de fonds.

 

R.D. - N’est-ce pas le rôle de la haute direction de l’agence de les définir ?

C.D. - Absolument. Toutefois, si cette réflexion existe, elle ne semble jamais redescendre les échelons inférieurs. Or, il est nécessaire même pour un simple professeur ou un conseiller pédagogique qui travaille à l’agence de connaître en filigrane les vrais objectifs de l’organisation de façon à optimiser son action, pour être plus efficace.

 

R.D. - Tous les pays occidentaux distribuent de l’aide pour le développement du tiers monde, si je ne m’abuse, et ils ne semblent pas trop se préoccuper des retours…

C.D. - On pourrait distinguer l’aide naïve, l’aide honnête et l’aide aux dupes. L’aide naïve consisterait à donner, sans souci de contrôle et sans espoir de retour. Pour autant que je sache, aucun pays ne distribue ce type d’aide, sauf en cas de désastre naturel, de famine ou de guerre (aide au réfugiés). Au minimum, la plupart du temps, un contrôle s’exerce en fonction de critères préétablis. L’aide honnête consiste à rendre service tout en s’assurant un juste retour. Ainsi, elle pérennise les bailleurs de fonds car elle est à bénéfices réciproques. L’aide aux dupes est très pratiquée par le monde anglo-saxon et elle est un peu plus longue à décrire. Elle consiste à expliquer au gouvernement d’un pays émergent que sa croissance économique projetée sera, dans un proche futur, deux ou trois fois son chiffre réel. On prévoit ainsi pour ce pays des projets d’infrastructures surdimensionnées que le pays sera dans l’impossibilité de financer. On le convainc alors qu’il peut emprunter les montants nécessaires auprès de la banque mondiale ou des autres instances internationales de financement. Ce financement retourne rapidement dans les caisses des compagnies occidentales qui exécutent les projets. Bien entendu, le pays qui est le récipiendaire de ce type d’aide ne peut pas rembourser à terme. C’est ainsi qu’on peut en prendre les leviers de commande par collaborateurs interposés. Ce scénario s’est répété maintes fois en Amérique latine, en Indonésie, en Iran avant 1979 et ailleurs.

 

R.D. - Les délocalisations ne constituent-elles pas des aides économiques indirectes aux pays émergents ?

C.D. - Non, et il faut être très clair là dessus. La plupart des pays émergents disposent d’immenses réserves de main d’œuvre inemployée ou sous-employée exerçant constamment sur les salaires du pays une pression à la baisse. Nous pensons naïvement procurer des activités de transformation aux pays émergents, des emplois à des gens qui ne disposent plus que de leur salaire comme moyen de subsistance, puisqu’ils sont occupés à plein temps à l’usine, au lieu de travailler directement pour eux, comme ils le faisaient avant. Or, les salaires qu’ils reçoivent leur permettent tout juste de se nourrir pour avoir la possibilité de retourner à l’usine le lendemain. Tandis que les pays du Nord s’appauvrissent, nous assistons à une nouvelle forme d’esclavage dans les pays du Sud, qu’ils subissent et que nous trouvons nous-mêmes normale car tant les citoyens des pays du Sud que ceux du Nord ont subi un conditionnement qui le rend socialement acceptable. Bien entendu, ce type d’esclavage moderne profite prodigieusement à des groupes extrêmement restreints au Nord comme au Sud. Les pratiques entourant ce nouvel esclavage débordent largement dans tous les secteurs économiques des pays émergents. C’est ainsi qu’à Hanoï, par exemple, ou à Ho Chi Minh Ville, on voit des ouvriers travailler encore sur des chantiers à onze heures du soir, d’autres charger et décharger des camions jusqu’à une heure du matin… Même aux pires moments de « l’exploitation coloniale », de telles pratiques n’existaient pas ou étaient de nature exceptionnelle. Or, cela est devenu aujourd’hui une pratique courante, au Vietnam comme ailleurs.

 

R.D. - Revenons en à l’aide que l’AUF est censée apporter. Quels devraient être les buts fixés par l’agence ?

C.D. - Si tu consultes le site Internet de l’AUF, tu verras que « l’AUF est une institution multilatérale qui soutient la coopération et la solidarité entre les institutions universitaires travaillant en français ». Or, pour les pays du Nord qui financent cette organisation, la coopération est pratiquement à sens unique et ne leur rapporte pas grand chose de tangible… En réalité, l’AUF est, pour les pays francophones du Nord, l’un des divers dispositifs pour acheter de l’influence au Sud. Tous les pays qui essayent de déployer une politique extérieure culturelle et linguistique essayent en fait d’acheter de l’influence et on en a fait vite le tour : les pays anglo-saxons avec les États-Unis, l’Angleterre et l’Australie, la France, l’Allemagne dans une bien moindre mesure et l’Espagne. S’appuyant sur ses immenses capacités industrielles, le Japon s’y essaye, mais en Asie seulement. La Chine va y venir. La Russie s’est disqualifiée elle-même dans cette compétition depuis une quinzaine d’années, mais à titre temporaire. Vu sa taille, son potentiel économique et ses énormes ressources intellectuelles, elle reviendra certainement au tout premier plan de la scène internationale dans quelque temps.

 

R.D. - Que veut dire acheter de l’influence ?

C.D. - Lorsqu’un pays donne des bourses d’étude par exemple, il fait un investissement à long terme. Les étudiants étrangers séjournent dans le pays, apprennent sa langue, découvrent sa culture, s’y créent des contacts. Ils apprennent à connaître la mentalité de ses habitants, leurs méthodes de travail, etc. De retour chez eux, ils constituent des relais naturels pour les entreprises du pays où ils ont fait leurs études, quand elles veulent y installer des succursales. Bien entendu, il est préférable d’attirer les meilleurs éléments, ceux qui ont de fortes chances de se retrouver dans des postes de pouvoir et à qui l’on confiera des hautes responsabilités. Par exemple, un bon nombre de hauts fonctionnaires du ministère de l’Éducation vietnamien sont recrutés de l’Institut polytechnique de Hanoï, parmi des professeurs et des administrateurs qui ont souvent été formés à l’Institut national polytechnique de Grenoble. Cela, bien évidemment, est censé favoriser la communication et la promotion d’actions ultérieures de nature économique ou politique. Autre exemple : En se basant sur l’influence qu’exerce son pays d’origine sur les intellectuels européens, la firme IBM est, par exemple, en mesure de recruter certains des plus brillants cerveaux pour son centre de recherche de Zurich duquel sortent un nombre considérable de brevets qui sont tous pris aux États-Unis mais dont les droits d’exploitation devront bien sûr être achetés par les Européens. C’est cela acquérir de l’influence et  personne actuellement ne sait le faire aussi bien que les Américains quoique … depuis l’élection de Bush junior, les méthodes appliquées ne suscitent guère l’adhésion des foules… Pour en revenir au Vietnam et à la francophonie institutionnelle, il serait toutefois erroné de penser qu’un francophone est nécessairement un ami. Nos amis sont effectivement francophones pour la plupart mais être francophone n’est en aucun cas une garantie d’amitié. C’est une condition nécessaire mais non suffisante. Pensons à Ben Laden qui parle anglais couramment et qui n’est pas spécialement ami des pays anglo-saxons ! Il serait également erroné de penser que nos amis se trouvent nécessairement dans d’ex-colonies françaises. Par exemple, Hun Sen, premier ministre du Cambodge, déclarait, au début des années 90, qu’un pays comme le sien qui faisait naufrage pouvait se raccrocher à tout pour éviter de couler, même à un cadavre. Le « cadavre », c’était la France avec la coopération et l’aide qu’elle proposait à l’époque. Ce discours, prononcé en khmer, en présence de hauts dignitaires français, ne découragea pas les bonnes volontés françaises mais on peut sérieusement s’interroger sur les retours tangibles ou intangibles d’une coopération fondée sur de telles bases… Par contre, il serait intéressant de creuser le potentiel de pays tels que la Jordanie ou l’Irak, lorsque l’occupation américaine de ce dernier sera terminée. Il y a une volonté assez nette dans ces deux pays de se débarrasser de l’influence américaine qui y est omniprésente ou, au minimum, de sérieusement l’alléger. Saddam Hussein avait même pris une directive pour remplacer l’anglais, deuxième langue dans tout le système universitaire irakien, par le français, à partir de l’an 2000. De même, l’antiaméricanisme qui balaye actuellement l’Amérique latine devrait constituer une fantastique opportunité pour la francophonie. L’acquisition du français pourrait alors représenter une fenêtre s’ouvrant sur un monde différent. Il faudrait absolument s’engouffrer dans cette brèche que les Américains ont ainsi ouverte à leurs dépens. Dans ce dernier cas, le français ne pourrait présenter un avantage que s’il débouchait sur un ordre culturel et politique original, qui ne soit en rien calqué sur le monde anglo-saxon. Cela pose problème actuellement car la francophonie politique est encore quasiment inexistante. De plus, le monde intellectuel des pays francophones du Nord est en pénurie d’idées originales et claires. L’orientation politique semble être déterminée par des intérêts atlantistes. Quant aux universitaires et au monde de la recherche francophones, ils singent beaucoup trop souvent leurs homologues anglo-saxons. Si notre langue est très souvent choisie comme seconde langue étrangère un peu partout dans le monde non francophone, c’est par son glorieux passé, pas pour les messages qu’elle véhicule aujourd’hui. Les Français, c’est-à-dire les plus représentatifs du monde francophone, sont actuellement des nains sur des épaules de géants. Que ce soit pour leurs visions du monde, leur créativité, leurs ambitions, leurs initiatives ou leurs compétences organisationnelles, nos ancêtres nous dépassaient de très loin. On s’en aperçoit d’ailleurs assez facilement en questionnant les francophiles sur les raisons qui les poussent à étudier le français. On y trouvera Alexandre Dumas, Jules Verne, Saint Exupéry, Edith Piaf, Georges Brassens, Pasteur et De Gaulle mais aucun auteur, aucun homme politique ou scientifique contemporain ne sera cité ! Pourtant, si la Francophonie a l’ambition d’aider à l’émergence d’un monde multipolaire, il apparaît important que, globalement, le discours francophone puisse se démarque nettement du discours anglo-saxon. Il faut également éliminer toutes les incohérences et les contradictions de l’action francophone…

 

R.D. - Quelles contradictions et incohérences ?

C.D. - Pour détecter ces incohérences, il faut simplement se mettre dans la peau d’un étranger vivant dans un pays où le français n’est ni langue nationale ni langue officielle. A l’agence universitaire, comme cela est probablement le cas dans les autres instances de la Francophonie institutionnelle, il existe deux types d’employés : les décideurs et les gens de terrain. En principe, ces décideurs se trouvent à Montréal, Paris ou Bruxelles. Un décideur est une personne qui détient les cordons de la bourse et qui détermine la manière dont l’argent doit être utilisé. Il a la possibilité d’engager ou de licencier le personnel qui lui est rattaché.  Les gens de terrain sont des exécutants. Ils se trouvent, eux, à Hanoï, à Yaoundé, ou à Port Vila. Dans les faits cependant, la France étant le principal bailleur de fonds de l’agence, les vrais décideurs de l’AUF sont à Paris. A de très rares exceptions près, un décideur, en France, a fait carrière dans le pays. Gravir les échelons du pouvoir est généralement incompatible avec des séjours à l’étranger allant au-delà de quelques mois. Pour le haut fonctionnaire, la mobilité à l’extérieur du pays lui confère au mieux le statut d’expatrié à titre temporaire, qui le relie toujours à la mère patrie à travers une administration qui parle sa langue. Or, le statut d’expatrié n’est pas comparable au statut d’étranger que l’on ne peut connaître que lorsqu’on travaille à l’étranger pour une entité étrangère et dans une autre langue. J’insiste là dessus et je suis bien placé pour en parler car j’ai été dans ces deux situations, à savoir que j’ai travaillé moi-même en tant qu’étranger, durant 23 ans et aussi en tant qu’expatrié, durant les 27 derniers mois.

 

R.D. - Je ne vois pas où tu veux en venir…

C.D. - À ceci, à savoir qu’il est impossible ou très difficile de deviner le point de vue d’un étranger si on n’a pas été étranger soi-même quelque part hors de notre pays et cela va bien au-delà du tourisme dans des contrées proches ou lointaines. Cela veut dire qu’il faut avoir eu assez de cran pour faire sa valise et partir s’installer à l’étranger en ne comptant plus que sur soi-même. Pour vraiment comprendre les problèmes associés à l’acquisition d’une nouvelle langue, il faut savoir se couper soi-même de sa propre langue maternelle et apprendre à fonctionner totalement dans une autre. C’est la seule manière de saisir les difficultés dont font l’expérience ceux que nous voulons rapprocher de notre langue et de notre culture et qui doivent donc faire le chemin en sens inverse. Bien entendu, on va mieux saisir le point de vue vietnamien vis-à-vis de la France ou d’un autre pays si l’on réside à Hanoï que si l’on vit à Paris mais c’est encore insuffisant. Un expatrié travaillant pour un consulat ou une organisation internationale pourra demeurer totalement déconnecté de l’opinion locale. A titre de preuve de ce que j’affirme, on a pu observer que, à quelques jours du déclenchement de la révolution iranienne, les nombreux Américains qui résidaient à Téhéran, en 1979, n’avaient nullement anticipé ce qui allait s’y passer. L’ambassade des États-Unis, qui abritait pourtant la fine fleur des services de renseignements américains spécialisés sur l’Iran n’a strictement rien vu venir et encore moins anticiper la prise d’otages qui s’ensuivit.

 

R.D. - Tu apportes ainsi la preuve que l’opinion des gens de terrain n’a pas forcément beaucoup plus de valeur que celle des décideurs qui en sont éloignés…

C.D. - Exactement. À moins que les gens de terrain ne comprennent parfaitement la langue du pays, on peut leur raconter et leur faire croire ce que l’on veut. Quant aux décideurs de Paris, ce n’est pas dans les bureaux climatisés où on les reçoit lorsqu’ils sont en visite officielle à l’étranger ni dans les hôtels cinq étoiles où ils restent pour les quelques jours que durent leurs missions qu’ils en apprendront plus. Il n’est pas toujours possible pour des questions de temps et de disponibilité d’apprendre la langue d’un pays étranger quand on travaille pour une organisation nationale ou internationale mais, au minimum, il faut savoir ce qu’est un point de vue étranger et ce relativisme ne peut s’acquérir que lorsqu’à une période de notre vie, d’au moins une dizaine d’années, nous avons été nous-mêmes étrangers et que nous pouvons alors voir notre propre pays à travers une grille de lecture différente. Cela est d’autant plus indispensable quand notre action est d’ordre culturel ou linguistique.

 

R.D. - L’IFI est une école d’études supérieures en informatique. Pourquoi se préoccuper d’action culturelle et linguistique ?

C.D. - Que ce soit pour l’IFI comme pour l’AUF, la dimension culturelle et linguistique est énorme quand on agit dans un pays non francophone. Comme je l’ai dit, la motivation des bailleurs de fonds est d’acheter de l’influence mais cela ne peut se faire que sous certaines conditions. Celui qui cherche à acheter de l’influence doit afficher une attitude cohérente qui inspire le respect chez celui qu’il veut séduire. Dans les deux premières semaines de mon séjour au Vietnam, des étudiants sont venus dans mon bureau pour me demander à quoi servait d’étudier en français si la connaissance du français ne constituait même pas un avantage pour postuler à des emplois dans les succursales vietnamiennes des compagnies françaises installées à Ho Chi Minh Ville, puisqu’elles demandaient quasiment toutes la connaissance de l’anglais en priorité…

 

R.D. - La connaissance de l’anglais est-elle indispensable au Vietnam ?

C.D. - On pourrait se poser la même question en France. La connaissance de l’anglais est-elle indispensable en France ? La réponse est non si l’on considère que, dans les faits, l’immense majorité de la population travaille dans sa langue mais, pour les gens qui imaginent l’anglais indispensable ou qui acceptent de travailler avec des documents rédigés en anglais souvent par leurs propres compatriotes, la réponse serait exactement inverse. Ce qu’il faut bien voir ici, c’est que le français, tout comme l’anglais, prétend à être langue internationale. L’action de l’AUF, tout comme celle des autres institutions de la francophonie institutionnelle, s’appuie sur cette prétention. Or, si des individus ou des organisations prétendument francophones font de sorte que l’anglais semble valorisé, le français s’en trouvera dévalorisé pour autant. Pour le Français qui a appris l’anglais sur les bancs de l’école française, il paraît normal d’exiger sa connaissance, alors que pour un étranger non francophone, pour lequel le français est automatiquement en concurrence avec l’anglais, une telle exigence le détournera automatiquement du français. Il est amusant d’entendre l’ambassadeur de France au Vietnam déclarer lors du salon « Aller étudier en France », qui se tient chaque année à Hanoï et à HCMV, « Soyez trilingue ! Apprenez l’anglais et le français ! ». Je ne sais pas combien de langues cet ambassadeur parle mais je constate que le discours sur le plurilinguisme est souvent tenu par des gens qui ne maîtrisent même pas une seule langue étrangère correctement. Maîtriser vraiment une langue étrangère correctement demande des années d’efforts, d’étude et de pratique. Si les francophones natifs demandent la connaissance de l’anglais, les non francophones n’auront plus aucune motivation pour apprendre le français car, la plupart du temps, les gens ne sont tout simplement pas des polyglottes nés, et c’est bien ce que l’on observe dans la pratique. Par conséquent, si le nombre de francophones se restreint, le nombre de nos amis ira aussi en diminuant et nos efforts pour acheter de l’influence perdront d’autant plus leur efficacité.

 

R.D. - Un informaticien n’a-t-il pas besoin de l’anglais de nos jours ?

C.D. - Oui, absolument, mais il faut comprendre les raisons pour lesquelles, dans cette discipline, le droit inaliénable des peuples à travailler dans leur propre langue lorsqu’ils sont dans leur propre pays est constamment bafoué à moins, bien sûr, qu’ils n’aient fait délibérément un autre choix, comme c’est le cas pour les étudiants de l’IFI. Un étudiant en informatique en France en a besoin parce que les manuels qu’il utilisera pour l’utilisation de tel ou tel logiciel n’est pas traduit en français. Il n’est pas traduit à cause d’un laxisme généralisé qui, sous prétexte d’efficacité et de réduction de coûts, évacue notre langue dans un nombre croissant de cas au profit de l’anglais. Un chercheur en France en a besoin pour lire les publications des chercheurs du CNRS, de l’INRIA ou de ses collègues du bureau d’à côté ! Nous en sommes venus à des situations totalement grotesques qui soulignent implicitement, plus particulièrement aux informaticiens étrangers, mais aussi à d’autres catégories socioprofessionnelles, l’inutilité ou le caractère superflu de notre langue. Essayons de faire l’effort de nous mettre dans la peau d’un Vietnamien pour lequel le français, tout comme l’anglais d’ailleurs, est une langue difficile, à l’exception du système d’écriture. Il est difficile car il appartient à une famille linguistique très éloignée du vietnamien. Maîtriser le français demande des années de travail et d’effort et la motivation doit être très forte. Cette motivation doit être suscitée, comme pour n’importe quelle langue étrangère, par les perspectives d’ouverture qu’il est censé procurer, par l’accès à l’information qu’il permet, par le potentiel qu’il représente lorsqu’il est associé à une profession. Ce ne sont pas là les seules raisons pour lesquelles on apprend une langue mais ce sont les seules raisons que les services consulaires français à Hanoï chargés d’évaluer les dossiers des étudiants vietnamiens indépendants, qui désirent se rendre en France à leurs propres frais, acceptent pour déterminer s’ils doivent délivrer ou non un visa de séjour en France ! La motivation de nos étudiants vietnamiens non francophones pour étudier le français, la langue dans laquelle nous fonctionnons à l’IFI, est faible. Elle est faible parce que, très vite, ils s’aperçoivent que les francophones natifs leur soulignent constamment le caractère superflu de leur propre langue. Ainsi, un professeur invité pour offrir un cours intensif étalé sur deux semaines, qui nous vient de l’Université catholique de Louvain, distribue des notes de cours en anglais, un autre de l’école Eurécom, qui est à Sophia-Antipolis, fait la même chose. Lorsque l’étudiant de l’IFI entend que son homologue, qui est parti en Belgique deux ans plus tôt pour continuer en thèse, rédige son mémoire en anglais à la demande de professeurs francophones, que les directeurs de recherche de l’INRIA demandent aussi aux étudiants vietnamiens de rédiger leurs rapports de recherche en anglais, lorsqu’ils assistent à des conférences en France dans leur discipline au sein desquelles l’usage de la langue française est frappé d’interdit, lorsqu’ils se rendent compte que, en pleine Suisse romande, le président de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, Patrick Aebischer, a imposé l’anglais comme langue officielle pour tous les cours d’études supérieures, lorsque les succursales vietnamiennes de compagnies françaises demandent à leurs employés vietnamiens la connaissance de l’anglais en priorité, lorsqu’ils apprennent que, en tant que directeur de l’Institut, j’ai été violemment critiqué, en conseil d’administration, pour avoir distribué une circulaire à tous les professeurs invités les enjoignant à distribuer des notes en français plutôt qu’en anglais, comment pourrait-on penser que ces mêmes étudiants pourraient être encore motivés pour apprendre le français ? Aujourd’hui même, le programme du PFIEV, c’est-à-dire le programme d’ingénieurs d’excellence financé directement par l’aide bilatérale française souligne implicitement, lui aussi, le caractère superflu de la langue française puisque les étudiants sont autorisés à faire leur soutenance de fin d’études en anglais. Le centre franco-vietnamien pour la gestion ou CFVG a, quant à lui, totalement éliminé les cours en français. Le pôle universitaire français au Vietnam fonctionne, lui aussi, en grande partie en anglais. La haute direction de l’AUF se refuse à reconnaître que toute action en faveur de la promotion de la langue française demeure inopérante tant que des incohérences et des contradictions fondamentales existeront au niveau des politiques culturelle et linguistique des pays francophones du Nord et surtout de celles de la France. On espère toujours résoudre un problème par l’application locale d’une technique mais nous ne sommes malheureusement pas indépendants de ce qui se passe dans notre environnement. On nous a demandé d’installer un laboratoire de langue dont l’usage serait couplé à de nouvelles méthodes d’enseignement. Cela n’est pas mauvais a priori mais le problème de la motivation de nos étudiants, qui est sapée tous les jours par les observations similaires à celles que je viens de faire, demeure bien sûr entier.

 

R.D. - Mais, après tout, il s’agit d’aide au développement. Qu’importe la langue d’enseignement ?

C.D. - Elle importe au plus haut point. L’aide au Vietnam n’a pas pour but de sauver les gens de la famine ni de les secourir après une catastrophe naturelle. Elle contribue à développer les infrastructures économiques et de meilleures infrastructures économiques permettent de développer des activités commerciales et des échanges dont tout le monde peut bénéficier, y compris bien sûr les bailleurs de fonds. Un bailleur de fonds qui donnerait de l’argent sans perspectives d’en retirer des bénéfices tangibles ou intangibles serait considéré comme un imbécile par les Vietnamiens et encore plus par les autres étrangers présents au Vietnam. Or, comme je l’ai expliqué auparavant, si un francophone n’est pas forcément un ami, nous ne comptons guère d’amis chez les non francophones en Asie ou ailleurs. Communiquer en anglais signifie communiquer à travers deux interfaces alors que communiquer en français ou en vietnamien ne se fait à travers qu’une seule et la différence est colossale. S’agit-il de communiquer ou de se comprendre ? Pour en avoir une idée, il faut se souvenir de la tentative de rapprochement qui avait été faite entre Renault et Volvo. Tous les pourparlers avaient eu lieu en anglais et ce fut un échec retentissant en dépit du fait que le niveau d’anglais des interlocuteurs était bien supérieur à celui que l’on rencontre généralement en Asie du sud-est. La communication avait bien eu lieu mais les Suédois n’avaient pas compris leurs homologues français et réciproquement. Au Vietnam, le recours à l’anglais a souvent été justifié pour sauver des programmes qui auraient autrement disparus. Par exemple, le programme du Centre franco-vietnamien pour la gestion (CFVG) fut créé par l’aide bilatérale française à l’origine. Les enseignements étaient majoritairement offerts en français à l’origine mais il y eut également une offre en anglais. Bien entendu, étant donné qu’il y avait possibilité de choix entre ces deux langues d’enseignement, les étudiants se sont petit à petit majoritairement réorientés vers la langue d’enseignement qu’ils perçoivent comme étant la plus utile et la section de langue française a dû finalement fermer. Toutefois, le programme du CFVG, tout comme les programmes belges de la « Solvay Business School » (l'école de gestion de l'Université libre de Bruxelles) sont condamnés à terme par les programmes équivalents offerts par les écoles anglo-saxonnes, australiennes ou américaines pour la plupart, qui ont la supériorité d’une offre en langue anglaise au niveau natif. Les étudiants intéressés à suivre un enseignement anglophone choisissent bien sûr en priorité des écoles authentiquement anglophones, pas des succédanés.  Quant au programme d’ingénieurs d’excellence du PFIEV qui fonctionne en vietnamien et qui autorise une soutenance finale en anglais, il fait partie des dons « naïfs » qui ne présenteront aucun bénéfice à court ou à long terme pour le bailleur de fonds. Même chose pour le pôle universitaire « français » qui fonctionnera en grande partie en anglais…  C’est là que l’on voit la différence énorme entre les intérêts à long terme du bailleur de fonds, c’est-à-dire ceux du gouvernement français la plupart du temps, et les intérêts individuels des administrateurs qui se moquent des intérêts collectifs du pays qu’ils représentent pour maximiser leurs intérêts professionnels propres à court terme en prenant les mesures qui leur garantissent ainsi une visibilité personnelle maximale dans le cadre d’une mission qui ne dure généralement pas plus que quatre ou cinq ans. C’est la raison aussi pour laquelle ces programmes d’aide sont globalement en danger car, dans le cas de la France, le bailleur de fonds n’en retire aucun bénéfice tangible ou intangible et finit donc par se lasser de payer. C’est la raison principale des révisions à la baisse des budgets, qui souvent s’amenuisent d’année en année, puisque les bénéfices qu’ils apportent demeurent à sens unique mais il y a pire que ça. L’action actuelle de la France arrive puissamment en aide au système anglophone d’exploitation systématique des opportunités existantes au Vietnam dans le secteur de l’Éducation par la valeur symbolique que représente l’usage de l’anglais par des organisations francophones. Nous amusons beaucoup les Australiens et les Américains qui pensent que les Français aiment plus que tout « se tirer des balles dans les pieds », comme ils disent. J’ai vécu 17 ans chez les anglo-saxons et je connais à fond leur mentalité, leur manière de penser et les jugements de valeur qu’ils font sur nous. Les conditions dans lesquelles s’appliquent beaucoup d’aides « francophones » sont tellement grotesques que j’en rirais si je n’étais pas moi-même français et ex-responsable d’un établissement financé en grande partie par les impôts que j’ai payés lorsque je résidais et travaillais en France.

 

R.D. - Je comprends. Peut-on espérer que les responsables au niveau institutionnel corrigeront de telles dérives ?

C.D. - Cela ne pourra se faire que lorsqu’on aura explicité les buts de l’aide internationale francophone et que, pour tout le monde, on aura défini un fil directeur très clair pour sous-tendre nos actions. Nous en sommes encore assez loin. À titre d’exemple de la mentalité actuelle, j’aimerais prendre pour exemple les problèmes qu’a posé pour l’institut le développement des relations avec l’industrie. Dans le principe, la haute direction de l’AUF encourage le développement des relations industrielles. Dans la pratique toutefois, la direction de l’agence nous dit que l’institut et les autres structures de l’AUF ne sont pas censées privilégier des constructeurs ou des éditeurs de logiciels particuliers qui pourraient se servir de leur relation avec l’IFI pour conforter leur position commerciale au Vietnam ! Pourtant, bien que l’agence fasse effectivement la promotion des logiciels libres et du système d’exploitation Linux, nos étudiants et nos professeurs utilisent en pratique pour leur travail une foule d’outils logiciels développés par des sociétés qui font commerce de leurs produits et elles sont plus souvent américaines que francophones. Même chose pour les ordinateurs et le matériel télécom. Dans la pratique, nous privilégions des sociétés américaines telles que Microsoft, Intel et Cisco au lieu des françaises Windev, Business Objects, ST Microelectronics, Alcatel ou Dassault-Systèmes, en dépit des noms dont elles s’affublent quelquefois. Étrange manière de faire la promotion de la francophonie, n’est-ce pas ? Bien évidemment, ce type de discours fait fuir les industriels francophones, qu’ils soient français, belges ou québécois. De nombreuses sociétés avaient été attirées par le sommet francophone de Hanoï, en 1997, prêtes à exploiter les opportunités commerciales qui auraient pu naître dans son sillage. Cependant, empêtrés dans un discours ambigu, sans ligne directrice claire, les relais institutionnels se sont révélés n’être d’aucune utilité. D’autre part, la Francophonie institutionnelle souffre d’une absence de continuité dans la direction des programmes puisque les départements clés sont tenus par des expatriés généralement détachés d’un ministère (le ministère de l’Éducation le plus souvent) qui y sont pour 2, 3 ou 4 ans tout au plus. Les contacts que j’ai établis au cours des 27 derniers mois m’ont permis de me rendre compte que les industriels n’avaient, à l’origine, aucune opinion préconçue à propos de la Francophonie institutionnelle mais que, actuellement, ils considèrent que ses représentants sont globalement incompétents, inutiles, voire nuisibles.  De la même manière, nous nous sommes aliénés pour des raisons analogues certains gros laboratoires de recherche. L’incohérence du discours, l’absence de responsabilité liée à la durée des mandats, jugés beaucoup trop courts, le refus total d’une certaine ingérence inévitable dans tout programme de coopération ont fait également fuir ceux qui ont des idées claires sur les priorités à observer. En définitive, s’il s’avère très difficile de marier des universitaires, n’ayant aucune expérience industrielle réelle, avec des professionnels ayant forcément des préoccupations commerciales, il s’avère presque aussi difficile de marier des professeurs, qui ne produisent généralement que des publications que personne ne lit, avec de vrais chercheurs qui sont soucieux d’aboutir à une application, ce qui est d’autant plus vrai que l’informatique est déjà par elle-même une science éminemment appliquée.

 

R.D. - La situation que tu décris est inquiétante. Toutefois, l’IFI semble survivre…

C.D. - Bien sûr, mais il y a une différence entre survivre, vivre et bien vivre. Si je peux me permettre d’utiliser un terme honni, je dirais que notre « retour sur investissement » est très bas. L’effet de levier que devrait permettre nos financements est inexistant ou très faible. Nous n’avons aucune visibilité. Bien entendu, nous formons des étudiants mais qui ne nous apporteront strictement rien en retour. La symbiose recherchée à terme ne se produit pas. Les bailleurs de fonds se lassent. D’une année sur l’autre, tout leur semble devenir trop cher ! On mégote sur les bourses, sur les budgets d’exploitation, sur les salaires, sur les missions. L’administrateur du bureau Asie-Pacifique de l’AUF avait été jusqu’à me demander de supprimer les commandes d’eau minérale pour le personnel de l’école alors que cela ne nous coûtait que 40 euros par mois, déjà intégrés au budget, sans compter que, à Hanoï, nous sommes à 21° de latitude nord, en plein climat tropical, et je te garantis qu’on y transpire ! Quant aux nouvelles actions, elles se situent souvent en dessous du seuil de financement qui leur permettraient d’être prises au sérieux. On annonce un nouveau programme pour ceci ou de cela associé à un financement de 30.000 ou 40.000 euros ! A l’échelle d’un pays de 82 millions d’habitants, et même si le coût de la vie y est bas, on ne peut pas faire grand chose avec de telles sommes même s’il s’agit d’aide au développement. A titre de comparaison, un seul organisme d’aide bilatérale tel que l’IRD (ex-ORSTOM lui-même ex-Institut des colonies) bénéficie de 4 fois le budget de l’agence alors que cela devrait être exactement l’inverse ! Bien sûr, dans de telles conditions, ceux qui s’associent à nos opérations sont là souvent pour les mauvaises raisons.

 

R.D. - Qu’est-ce que tu entends par « mauvaises raisons » ?

C.D. - Côté des employés, elles sont multiples. L’AUF est souvent une échappatoire à une carrière de fonctionnaire morne, pour rompre la routine durant quelques années. Au Vietnam, la motivation peut être parce que le conjoint est vietnamien et qu’il a le mal du pays. Pour d’autres encore, le Vietnam peut être une plate-forme pour essayer de se lancer dans les affaires, prendre les contacts pour ouvrir une école, démarrer une activité d’import-export. Nous avons également eu quelques coureurs de jupons, quelques instables chroniques, et quelques excentriques qui ont quelquefois été maintenus en poste bien au-delà du temps suffisant pour discréditer l’organisation qu’ils représentaient. De plus, l’AUF est souvent un marchepied pour redorer une carrière médiocre. J’y  ai rencontré peu de gens intrinsèquement motivés par le rôle que l’agence est censée jouer. Quant à nos étudiants, si certains d’entre eux sont effectivement brillants, nous récoltons également pas mal de sujets médiocres qui ne viennent chez nous que parce qu’ils n’ont pas pu intégrer une école d’études supérieures anglophone.   Se référant aux sommes importantes qui sont quelquefois dépensées en manifestations pompeuses où les hauts responsables s’auto-congratulent et à la portée de programmes qui n’aboutissent souvent à rien, certains observateurs français n’ont pas hésité à me signaler que, pour eux, les étiquettes qui caractérisaient le mieux l’agence étaient : « luxe inutile » et « indigence ». Bien que je tairai leurs noms, il ne s’agissait pas exactement des premiers venus. Bien que cela m’ait causé à titre personnel un certain embarras, je dois malgré tout reconnaître qu’ils reflétaient assez bien l’opinion d’un assez grand nombre d’intellectuels vis-à-vis de l’administration actuelle de l’agence et des résultats de son exercice.

 

R.D. - Les programmes de l’AUF et des autres organisations de la Francophonie institutionnelle que tu connais correspondent-ils aux besoins des pays où ils sont déployés ?

C.D. - Je ne peux parler que pour l’AUF que je connais bien dans le cadre des actions qu’elle mène dans les pays de l’ex-Indochine et pas pour les autres organismes de la francophonie institutionnelle. La réponse que je peux faire à cette question est la suivante. L’AUF sert des besoins individuels, beaucoup plus que des besoins collectifs. Nous offrons des bourses et des programmes d’études à des étudiants qui veulent continuer en études supérieures, faire un doctorat la plupart du temps. Dans un pays tel que le Vietnam, un diplôme universitaire local n’est pas une garantie pour trouver du travail. Beaucoup de diplômés à Bac+4 se retrouvent serveurs dans des restaurants. L’économie vietnamienne est dans l’incapacité de les absorber tous et la compétition pour les postes disponibles est féroce, quand il ne faut pas payer de sa poche quelques milliers de dollars pour sécuriser un emploi convoité par de nombreux postulants ! Aussi, le diplôme d’une université du Nord ou d’une école d’ingénieurs est particulièrement prisé. L’IFI constitue le plus souvent une passerelle vers un doctorat, but avoué de tous nos étudiants qui sont particulièrement sensibles au titre, au diplôme et à l’auréole qu’il semble leur apporter, plus qu’à l’utilité pratique qu’il pourra avoir au Vietnam. Prenons un exemple. Voici le titre d’une thèse soutenue en septembre 2004 par un de nos anciens étudiants : "Temporal scenario for automatic video interpretation", soutenue à l’université de Nice Sophia-Antipolis. On notera au passage que le mémoire a été rédigé en anglais à la demande du directeur de thèse, ce qui sans aucun doute contribue à renforcer la motivation de nos étudiants actuels pour perfectionner leur français ! Au-delà du caractère ridicule de l’usage de l’anglais dans le cadre d’une recherche conduite dans un cadre francophone exclusif, venons en au but de la thèse qui est la reconnaissance de scénarios temporels pour l’interprétation automatique de séquences vidéo. Au Vietnam, la spécialisation de notre étudiant sera en complet décalage avec les besoins du pays. Le Vietnam est encore rural à 80%. Il suffit de voyager un peu à l’extérieur des villes pour se rendre compte que les besoins en infrastructures sont énormes et que le pays a un besoin crucial de bons techniciens, pas de docteurs en informatique spécialisés dans des disciplines dont l’utilité n’existe que pour les pays du Nord, et encore ! Pour ne citer que la France, actuellement, 3 jeunes docteurs sur 10 bénéficient du luxe de pouvoir être employés à la hauteur de leurs capacités. Globalement, en passant par la chimie, la physique, la biologie, les mathématiques et l’informatique, 7 docteurs sur 10, en France même, ont perdu leur temps dans la perspective d’un diplôme débouchant sur une profession. Je ne connais pas ce chiffre pour le Vietnam mais, d’après mes propres estimations, je pense que l’économie vietnamienne est probablement en mesure de n’absorber qu’entre 1 et 5 de ces docteurs sur 100 pour des emplois totalement compatibles avec leur formation, si l’on inclut dans ce chiffre les chargés de cours et futurs professeurs des universités et écoles spécialisées vietnamiennes. A ma connaissance, l’université de Limoges est l’un des rares établissements d’enseignement supérieur en France qui s’est parfaitement rendu compte de ce problème et qui a mis au point des formations transverses en ligne et à distance débouchant sur des métiers correspondant aux besoins réels des pays émergents. Nous aboutissons donc à des étudiants surqualifiés pour le Vietnam et qui ne sont vraiment employables qu’en France ou, plus généralement, dans le monde occidental. Les meilleurs reçoivent des offres des départements où ils font leurs thèses ou d’industriels qui ont encadré leurs recherches. Ceux qui rentrent au Vietnam sont souvent frustrés par les salaires, par l’inadéquation de leur formation par rapport au travail qu’on leur demande. Beaucoup sont employés dans des sociétés de service qui travaillent avec des firmes européennes, américaines ou japonaises œuvrant dans le domaine de l’informatique et qui souhaitent délocaliser au Vietnam une partie de leur production logicielle. Là peut-être se situe le « retour sur investissement » dont je parlais avant mais il est faible, à la fois pour le Vietnam et les bailleurs de fonds. Au mieux, nous favorisons le développement d’activités qui permettent à un certain nombre d’individus d’exercer une profession mais qui ne contribuent en rien à réduire les carences du pays. Au pire, nous favorisons la fuite des cerveaux.

 

R.D. - Est-ce la faute de l’AUF qu’elle fasse la promotion de programmes qui ne servent pas vraiment les besoins des pays émergents ?

C.D. - Ce n’est pas le cas pour tous les programmes mais la réponse est non. Les pays émergents, dont le Vietnam, ne mettent pas assez en avant leurs intérêts propres, qui sont des intérêts collectifs. L’imposture du Vietnam, c’est d’essayer d’aligner ses besoins sur ceux des pays occidentaux. On préfère construire une superbe aérogare, qui sera bien visible par les visiteurs étrangers plutôt qu’une usine d’assainissement des eaux. Le geste simple qui consiste à se remplir un verre d’eau au robinet de notre cuisine ou de notre salle de bain pour nous désaltérer est impossible au Vietnam, même au cœur de la capitale vietnamienne. Il n’existe aucun réseau public de distribution d’eau potable. L’été dernier, il y a même eu quelques cas de paludisme dans mon quartier et j’ai dû m’habituer à dormir sous une moustiquaire. Voilà quelques exemples de carences évidentes des services publics… Comme je l’ai dit, les besoins du Vietnam sont immenses et je ne crois pas que nous contribuions à les réduire et la faute en incombe d’abord aux Vietnamiens qui veulent être ce qu’ils ne sont pas et ce qu’ils ne pourront pas être avant la mise en place d’infrastructures permettant une économie réellement moderne, une organisation sociale efficace et des méthodes scientifiques de travail au lieu du bricolage et du système D qui se pratiquent un peu partout.

 

R.D. - Pourquoi ne pas convaincre les Vietnamiens à propos de ce qui te semble vraiment prioritaire ?

C.D. - Personne n’est plus royaliste que le roi et, comme je l’ai déjà dit, le but réel des bailleurs de fonds n’est pas de procurer de l’aide gratuite mais d’acheter de l’influence et on ne veut bien sûr pas déplaire à la cible. Songe qu’en Thaïlande, par exemple, le gouvernement interdit à ses étudiants d’aller en France pour faire des BTS ou des DUT. On va en France pour faire au minimum un « Master » ou, au mieux, un doctorat. Le pragmatisme n’est peut-être pas l’apanage des Français mais encore moins celui des pays émergents. Je comprends parfaitement qu’on essaye d’acheter de l’influence en se conformant aux contraintes locales mais on s’y prend très mal de toutes manières et les retombées pour le Vietnam comme pour les bailleurs de fonds sont très faibles. Au pire, une aide inefficace dévalorise notre image et nos structures.

 

R.D. - Que préconises-tu pour changer les choses ?

C.D. - J’ai été frappé par l’absence de direction et de projet dans la Haute administration actuelle de l’AUF. L’encéphalogramme est à peu près plat… Certes, on travaille, on administre des programmes, on écrit des rapports, on rédige des propositions, on organise des réunions, on se soumet à des contrôles d’autant plus tatillons qu’il y a moins d’argent à dépenser, etc. mais cette agitation n’amène pas globalement à grand chose. On peut travailler beaucoup et ne rien accomplir du tout. A l’origine de tout projet qui réussit, il faut des gens qui ont une vision claire des choses à accomplir, et des intérêts réciproques qui doivent être respectés. Il est essentiel que les gens comprennent que les bénéfices doivent être partagés et réciproques, que les bailleurs de fonds et les récipiendaires de l’aide doivent être tous les deux gagnants ce qui permet aussi de construire une confiance durable des deux côtés. Cette vision doit être explicitée et communiquée à tous les intervenants, du haut en bas de la hiérarchie, de façon à ce qu’elle devienne un guide clair pour tous. L’absence de vision actuelle conduit à une absence de directives claires, donc à une absence de critères d’évaluation des actions entreprises. Quand j’ai été nommé directeur de l’IFI, aucune mission ne m’a été confiée. Aucune directive précise ne m’a été communiquée. Il m’a incombé de définir moi-même mon rôle et de prendre un certain nombre de mesures que l’on a ensuite évaluées conformément à des critères purement subjectifs et qui caractérisent toutes les organisations qui ne vont nulle part.

 

R.D. - Quels sont tes projets maintenant ?

C.D. - J’ai accumulé une bibliographie et des informations pour rédiger au moins une dizaine de livres que je compte publier sur divers sujets et, depuis trois ans, mes activités m’ont interdit d’avancer dans ce projet. J’espère toutefois me rendre à nouveau utile à la Francophonie institutionnelle d’ici quelque temps. A en juger par ce que j’ai appris de mon passage à l’AUF, l’agence pourrait être un magnifique instrument qui est, de toute évidence, actuellement, mal utilisé ou, au mieux, sous utilisé. J’espère pouvoir un jour y travailler à nouveau mais dans une optique ambitieuse de développement à bénéfices réciproques.

 

R.D. - Je crois me souvenir que tu avais obtenu, il y a quelques années, des prix de la francophonie institutionnelle… ?

C.D. - Effectivement. En 1996, j’avais été le grand lauréat du concours international de la Francophonie Charles-Hélou, administré alors par l’Agence de coopération culturelle et technique, qui fait maintenant partie intégrante de l’OIF. Il faut toutefois noter que le jury du prix était totalement indépendant du cadre institutionnel. Une année plus tard, je reçus le grand prix de la Francophonie Jean-Humblet, administré par les Québécois. À l’époque, j’avais appris que Jacques-Ivan Morin, ancien ministre du gouvernement de René Lévesque, avait fait partie du jury. Finalement, en 1998, j’obtins le grand prix de l’Académie de Marseille pour un essai sur le rôle de la langue en science et en technologie. Mon essai fut communiqué à l’Académie française par la suite et je reçus les félicitations de quelques éminents spécialistes… J’ai obtenu ces prix alors que je ne connaissais pratiquement rien du fonctionnement des institutions. Maintenant que j’en connais un peu plus, ces prix me confortent dans l’idée que je ne raconte probablement pas trop de sottises…

 

R.D. - Je te remercie pour nos lecteurs. 

 

 

Charles-Xavier Durand a notamment publié aux éditions F.X.de Guibert

 

La nouvelle guerre contre l'intelligence, remarquable trilogie qui permet de mieux comprendre les causes du recul de la langue française et de l'échec de la politique francophone.

 

Tome I « Les mythologies artificielles »

Tome II « La manipulation mentale par la destruction des langues »

Tome III « Un nouveau programme pour la conscience »

 

 

 

(Livres disponibles également en ligne sur amazon.fr, chapitre.com et alapage.fr,  prix : ~ 20 €)