La présente chronique m’est inspirée par un article de mon ami François Munyabagisha intitulé « Guerre des catastrophes » et par un commentaire sur cet article de la part d’une lectrice de Vigile, Isabelle Poulin. C’est à elle que je m’adresse, mais c’est aussi à tous les autres Québécois dont la compréhension du drame rwandais s’appuie sur des romans et des films, et non sur les faits.
Madame,
Je vois que vous avez de bonnes intentions en voulant réconforter mon ami François Munyabagisha, mais permettez-moi de vous éclairer un peu sur la question rwandaise, que vous semblez connaitre principalement à travers la lunette du cinéma de type hollywoodien qui tient lieu de réflexion profonde en Amérique du Nord.
Ce que vous devez
comprendre, c’est que le preux général Dallaire est lui-même un
instrument du diable. Le diable s’appelle en fait Paul Kagame, et le
génocide rwandais est son fonds de commerce. Paul Kagame et son Front
Patriotique Rwandais (FPR) se servent de l’histoire convenue du génocide
rwandais, qui n’est qu’un tissu de mensonges, pour se maintenir au
pouvoir et pour continuer leurs massacres. Celui qui est derrière les
viols et les exactions en République démocratique du Congo, par Kabarebe,
Nkunda ou Ntaganda interposés, s’appelle Paul Kagame. Il s’est fait
passer pour le sauveur des Tutsis, mais il est plutôt l’un des plus
grands assassins de l’histoire de l’humanité.
L’ancien régime rwandais, du président Juvénal Habyarimana, un Hutu, n’était pas un régime génocidaire, comme ont voulu nous le faire croire le général Dallaire et d’autres propagandistes au service de Paul Kagame, notamment Gil Courtemanche, qui n’a jamais avoué publiquement que ses amis Hélène Pinski et Landoald Ndasingwa avaient, comme d’autres, probablement été tués par le FPR, en 1994, et non par des génocidaires au service du colonel Bagosara. Le cinéma a beaucoup enrichi le général et le prétendu journaliste, mais cela s’est fait en propageant des mensonges.
Le colonel Bagosora a été acquitté en décembre 2008, par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), de l’accusation d’entente pour commettre un génocide. Le saviez-vous ? Probablement pas parce qu’on ne peut l’apprendre ni au cinéma, ni à Radio-Canada. Les apôtres de l’histoire convenue continuent de répéter inlassablement que Bagosora était le cerveau du génocide, ce qui est manifestement faux. J’ajoute que, selon moi, cet homme n’a commis aucun crime. Il est parfaitement innocent. Les vrais coupables courent en liberté et sont morts de rire. C’est aussi ce que pense l’avocat de Bagosora, le Martiniquais Raphaël Constant. Mais Radio-Canada ne lui a jamais tendu le micro.
Le vrai cerveau du génocide s’appelle Paul Kagame, et il massacre presque sans interruption depuis 1990, avec la complicité des dirigeants politiques et des médias occidentaux. Heureusement, il y a des journalistes qui commencent à se réveiller… seize ans après le génocide, notamment François Brousseau, qui présentait une analyse lucide de la situation au Rwanda sur les ondes de Radio-Canada, le 10 février 2010 (fichier Quicktime de 2,5 Mo).
Ces jours-ci, Paul Kagame, le FPR et les médias sous leur emprise, comme le journal New Times, sont en guerre contre leur nouvelle opposante, Victoire Ingabire Umuhoza, une aspirante candidate à l’élection présidentielle d’aout 2010 que j’ai eu le bonheur de rencontrer lors de son passage au Québec, à l’automne 2009. Mme Umuhoza est constamment harcelée depuis son retour au Rwanda, le 16 janvier 2010, et a même été physiquement agressée, avec la complicité des pouvoirs publics. Le régime de Paul Kagame fait des appels voilés au meurtre de Mme Umuhoza. Human Rights Watch vient de publier un rapport éloquent sur la répression dont elle et ses collaborateurs sont victimes. On l’accuse constamment d’être une négationniste, une révisionniste ou une « divisionniste ». On dit qu’elle propage l’idéologie « génocidaire ». Évidemment, tout cela n’est que mensonges. Ce sont des mensonges au même titre que les mensonges qui avaient cours en 1990, au moment où le FPR, qui était composé de régiments entiers de l’armée ougandaise, a envahi le Rwanda, y semant la terreur et la désolation, sous le regard impassible de la communauté internationale manipulée par la désinformation des parrains du FPR, c’est-à-dire les États-Unis et la Grande-Bretagne principalement, mais aussi le Canada.
Ce sont les mêmes mensonges qu’en 1994, où l’on a voulu nous faire croire que cette armée d’assassins qu’est le FPR était venue délivrer les pauvres Rwandais des griffes de méchants génocidaires ou extrémistes hutus. En fait, c’est Kagame et le FPR qui ont été les grands chefs d’orchestre et les principaux exécutants de ces massacres. Aujourd’hui encore, ils répriment toute contestation de leur pouvoir absolu, souvent dans le sang. Ils publient des rapports mensongers, comme le rapport Mucyo, accusant la France de complicité de génocide, ou le récent rapport Mutsinzi, où le FPR se blanchit lui-même de toute responsabilité dans l’attentat du 6 avril 1994 alors qu’il en est l’auteur. Le colonel Luc Marchal et le professeur Filip Reyntjens ont taillé en pièces ce rapport. Or, figurez-vous que, fidèle à son habitude de partenaire du FPR dans le mensonge, Radio-Canada a diffusé un reportage à la radio présentant le comité Mutsinzi comme un comité indépendant (fichier Quicktime de 1 Mo), alors que celui-ci était complètement à la merci du FPR. Plus tard, lorsque les analyses de Marchal et Reyntjens sont sorties, Radio-Canada n’en a pas du tout parlé. C’est d’une malhonnêteté et d’une cruauté innommables.
François Munyabagisha se bat pour la vérité, la justice et la paix. Il ne sait plus comment faire pour expliquer aux gens ce qui s’est passé et ce qui se passe au Rwanda. À sa place, je serais découragé. Sa soeur est en prison. Elle a été incarcérée par les sbires de Kagame. Les Hutus sont collectivement accusés d’être des génocidaires « congénitaux » par les gacacas, sorte de tribunaux populaires où la justice est rendue de façon expéditive, ce qui est très pratique pour éliminer les gens ou s’emparer de leurs biens. Dans les campagnes rwandaises, on crève de faim à cause des politiques agricoles dévastatrices du FPR. Les Rwandais sont terrorisés, y compris dans la diaspora. Vous imaginez ce que c’est pour François de savoir qu’on peut le faire taire à tout moment en infligeant des mauvais traitements à sa soeur ? C’est peut-être ce qui explique que François s’exprime beaucoup en paraboles, lui qui a l’âme d’un poète.
J’ai déniché dernièrement, à l’Université d’Ottawa, une chargée de cours qui prépare sa thèse de doctorat et qui a gouté à la médecine de Kagame. Il s’agit d’une Canadienne de race blanche, avocate et originaire de la Nouvelle-Écosse. Elle se nomme Susan Thomson. Elle était au Rwanda en 1994 et y est retournée à plusieurs reprises depuis. L’un de ses enfants y est né. Aujourd’hui, elle est interdite de séjour au Rwanda. Elle a écrit un texte à paraitre prochainement dans un livre signé par un collectif d’auteurs. Ce texte porte sur son expérience personnelle dans un camp de rééducation ingando pour les « génocidaires » repentis. Elle a été forcée de se soumettre à cette rééducation.
Mme Thomson m’a autorisé à traduire son texte en français et à le publier. Je vais le mettre en ligne sous peu. C’est un témoignage exclusif qui fait la lumière sur les manières actuelles et passées des soi-disants sauveurs des Tutsis, eux que l’on a dépeints si favorablement à Hollywood. Mme Thomson a aussi un blogue, dont le dernier article (en anglais) est absolument dévastateur pour Paul Kagame.
Le pire, dans tout cela, c’est qu’Ottawa et sa GRC sont entièrement complices de Kagame. Le procès récent de Désiré Munyaneza est un bon exemple de cette complicité. Tout cela est profondément dégoutant. Si je n’étais pas un indépendantiste québécois, j’aurais honte d’être canadien. Mais, même à titre de Québécois, j’ai honte lorsque je vois mes compatriotes se prosterner devant saint Dallaire, qui n’est qu’un menteur et un arriviste récompensé et muselé par un joli poste de sénateur. Qu’on l’ait invité à porter le drapeau olympique comme s’il était un héros, lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Vancouver, a dû blesser profondément de nombreux Rwandais. Cet homme est loin d’être un héros.
J’ai honte aussi lorsque je vois mes compatriotes faire l’éloge de Louise Arbour, qui a agi en vulgaire criminelle alors qu’elle était procureure du TPIR. En tant qu’exécutrice des basses œuvres de l’empire étasunien, elle a ordonné à l’enquêteur australien Michael Hourigan de détruire les preuves de la responsabilité du FPR dans l’attentat du 6 avril 1994, qui a été le point de départ de l’un des plus grands massacres de l’histoire de l’humanité, entièrement orchestré par celui qui est encore confortablement assis sur son trône à Kigali, Paul Kagame. Deux présidents ont trouvé la mort dans cet attentat, Juvénal Habyarimana, du Rwanda, et Cyprien Ntaryamira, du Burundi. Pourtant, aucune enquête internationale n’a jamais eu lieu parce que l’empire étasunien protège son homme fort à Kigali.
Selon moi, l’acte criminel perpétré par Mme Arbour explique qu’elle soit le seul juge de la Cour suprême à avoir démissionné de son poste depuis la création de ce tribunal. Même pour un État hypocrite comme l’État fédéral canadien, il ne convient pas qu’un juge de la Cour suprême ait commis un acte criminel. Mme Arbour préfère travailler à l’étranger pour éviter les questions embarrassantes. C’est meilleur pour son image. Du reste, aucun journaliste ne l’a jamais interrogée à ce sujet. Et les journalistes québécois ne peuvent pas plaider l’ignorance parce qu’ils sont nombreux à avoir été informés de ce fait indiscutable, dont M. Hourigan a témoigné à plusieurs reprises et qui a été confirmé par Carla Del Ponte. Celle-ci a occupé, elle aussi, le poste de procureure du TPIR, mais, contrairement à Mme Arbour, elle n’a pas accepté d’obéir aux ordres de Washington. C’est pourquoi elle a été démise de ses fonctions. Tous ces faits extrêmement importants pour comprendre le drame du Rwanda et de la République démocratique du Congo sont systématiquement occultés par les médias conventionnés du Québec.
Si je mens, qu’on me poursuive pour diffamation ! Mais je doute qu’on le fasse, puisque Robin Philpot a écrit la même chose longtemps avant moi, en 2003, au sujet de Louise Arbour, dans son livre Ça ne s’est pas passé comme ça à Kigali. Il n’a jamais été ennuyé par une poursuite. Il a plutôt été ennuyé par la diffamation de La Presse et de Radio-Canada à son endroit, diffamation qui a valu un blâme du Conseil de presse du Québec à La Presse et à son journaliste André Noël. Cela n’a pas empêché La Presse de ne jamais s’excuser et de n’en subir aucune conséquence, bien entendu.
François a raison de dire que les médias ne sont pas capables de nous donner une vue d’ensemble juste des souffrances de l’humanité, pour qu’on n’oublie pas les uns pendant qu’on s’occupe des autres. Il ne s’agit pas de manquer de compassion pour Haïti, mais est-il normal qu’un mur d’occultation soit érigé autour des malheurs des Rwandais et des Congolais depuis près de vingt ans ? Six-millions de morts, c’est quand même toute une hécatombe, vous en conviendrez.
François n’approuve peut-être pas mon ton cinglant. Du moins, il ne l’emploierait pas lui-même. Pratiquement tous les Québécois d’origine rwandaise que je connais sont des gens affables, profondément imprégnés du sens de la charité et de l’amour du prochain que leur a inculqué leur pratique religieuse. Cette pratique a été encouragée entre autres par quelques généreux missionnaires québécois, comme les pères Claude Simard et Guy Pinard, eux aussi assassinés par le FPR. Je le dis sans arrière-pensée, car je suis athée.
Mais, même si je sais que François n’approuve pas totalement le ton, je persiste à l’employer. À l’heure actuelle, il faut que les chiens aboient parce que tout le monde dort pendant que les Rwandais et les Congolais crèvent. Et ce ne sont ni la fatalité, ni la nature qui sont la cause de ce drame.