Sujet :

Stéphane Robert : Putain de journaliste !

Date :

09/05/2014

De Sylvain Contat  (courriel : (contact.sy(chez)aliceadsl.fr)     

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Stéphane Robert : Putain de journaliste !

Voici la chronique du journaliste Stéphane Robert, diffusée le jeudi 8 mai sur France Culture. Ce monsieur critique vertement France 3 de ne pas retransmettre en direct, en heure de grande écoute, le débat du 15 mai qui va mettre en scène les 5 candidats à la présidence de la Commission européenne.

Ce qui est frappant, c'est que ce monsieur trouve tout à fait normal que ce débat se fasse en anglais. En effet,  il ne se pose aucune question à savoir pourquoi les candidats ne pourront pas parler dans leur langue respective, pourquoi il n'y a pas de traduction simultanée au niveau des candidats et pourquoi, en fait, c'est la langue des Américains qui est maître des débats, alors que pourtant, et par ailleurs, Martin Schulz, Jean-Claude Junker, Guy Verhofstadt et José Bové parlent français.

Quand on sait que la devise de l'Europe, c'est « l'unité dans la diversité » et que la langue de l'Union, c'est la traduction, on peut légitimement se dire, contrairement à M. Robert, que ce débat lissé aux couleurs anglophones donne un très mauvais exemple de ce que doit être le respect de la diversité européenne et le respect des langues de chacun.

Dans ces conditions, et n'en déplaise à M. Robert, puisqu'il y a non-respect des valeurs européennes, France 3 a raison de ne pas diffuser ce débat.

SC

 

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Quand la politique n'est pas un spectacle, elle ne passe pas à la télévision

 par Stéphane Robert

Ecouter Stéphane Robert dans son délire d'anglo-euro-coloniséC'est le grand drame des candidats qui parcourent l'Europe dans le cadre de la campagne pour les élections européennes. On parle là des 5 candidats à la présidence de la commission : le socialiste Martin Schulz, le conservateur Jean-Claude Junker, le libéral Guy Verhofstadt, Alexis Tsipras pour la gauche radicale, et les deux Verts qui n'en font qu'un, l'Allemande Ska Keller et le Français José Bové. 

Depuis le lancement de la campagne, il y a 15 jours, des débats télévisés sont organisés dans toute l'Europe entre ces cinq-là. Il y en a un ce soir à Berlin, un autre demain soir à Florence en Italie, encore un lundi prochain et puis un grand rendez-vous annoncé comme le point d'orgue, le mercredi 15 mai. Tout ça est financé par l'Eurovision et mis gratuitement à disposition des chaines de télévision des différents pays de l'Union… 

Or qu'a répondu, chez nous, France Télévisions ? « non non merci, ça ne nous intéresse pas. Pour le débat du 15 mai, d'accord, on va le diffuser sur notre site internet. Sinon c'est aux chaines spécialisées de s'en occuper, aux chaines parlementaires, c'est leur boulot »… 

France Télévisions ne s'est pas posé la question pour le concours eurovision de la chanson. Il a lieu, tiens donc, après demain soir. Et il sera diffusé en direct et en "prime time" sur France 3…

Alors, c'est quoi le problème ?

C'est qu'on va parler d'Europe. C'est compliqué l'Europe. On n'y comprend pas grand chose. Ca ne parle pas aux gens ça l'Europe. La régulation bancaire. L'harmonisation des politiques fiscales. Les difficultés des producteurs de roses en Bulgarie. QUOI ? bouuuuuuh. Non, ce qu'il nous faut, c'est du divertissement, du spectacle ! On va inviter Nadine Morano, elle va dire des gros mots. Et puis Édouard Martin, il va pointer son gros doigt de syndicaliste et ça va énerver Nadine Morano. Ca, ça va plaire aux gens ! Ca, ça va faire de l'audience !

Oh, ce n'est pas que c'est de la politique, le problème. On aime bien la politique sur France Télé. On en fait toutes les semaines. D'ailleurs France Télé a tenté d'organiser son propre débat entre Martin Schulz et Jean Claude Junker. C'était prévu pour le 19 mai. Finalement, ça n'est pas fait, un souci de calendrier. Mais la condition sine qua non posé par le groupe audiovisuel de service public, c'est qu'il fallait que ça se déroule … en français !

Or là, tous ces débats, c'est en anglais qu'ils sont menés. Par des gens qu'on ne connait pas. Ils sont bien traduits en simultané par l'Eurovision. Mais c'est pas pareil. Là encore, ça ne parle pas aux gens ça. Les gens, il faut qu'on leur parle d'eux. De la France. Et en français s'il vous plait !…

Le prisme national, c'est par cette petite fenêtre, exigüe, que nous journalistes, nous médias, nous regardons et parlons de l'Union Européenne. Et il n'y pas qu'en France. En Pologne, quand on parle de l'Europe, c'est du salaire des députés européens et de ce que ça coûte à la communauté polonaise. Et pour revenir à tous ces débats entre candidats, ils ne seront pas non plus retransmis sur les grandes chaines de télévision en Espagne, en Grande Bretagne, en Italie…

Que l'Europe essaie d'exister, de se construire politiquement, quelle importance ? On est bien entre nous, entre Français, entre Polonais, entre Italiens. Tant qu'on a du pain, des jeux, du vin… À l'occasion, on regardera, à la télévision, le concours eurovision de la chanson...

 

 

Source : franceculture.fr, le jeudi 8 mai 2014

Possibilité de réagir à cette triste réflexion sur :

http://www.franceculture.fr/emission-le-billet-politique-de-benoit-bouscarel-quand-la-politique-n-est-pas-un-spectacle-elle-ne-p

 

 

 

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