Le Prix Goncourt 2024 à l’écrivain franco-algérien Kamel Daoud !
À l’occasion de la remise du Prix Goncourt 2024 à l’écrivain Kamel Daoud pour son roman Houris, dont on dit qu’il s’agit réellement d’un chef d’œuvre contrairement aux prix Goncourt de ces dernières années, je vous propose une rapide présentation de la situation de la langue française en Algérie, notamment du point de vue littéraire.
Par Alain Sulmon, Président de la section Défense de la langue française du Gard
Précisons que ce livre est interdit en Algérie où il est, bien sûr, distribué sous le manteau. Kamel Daoud a affirmé à ce sujet que pour écrire il fallait réunir trois conditions : une table, un crayon et un pays. Pour lui, comme pour beaucoup d’Algériens, ce pays, c’est la France.
« HOURIS », le livre Prix Goncourt de Kamel Daoud !
L’Algérie a longtemps été considérée - à tort - comme le deuxième pays francophone du monde, à tort, car le deuxième pays francophone du monde… c’est la France derrière la République démocratique du Congo qui représente déjà plus de 110 millions d’habitants et qui est aujourd’hui le premier pays francophone du monde.
L’Algérie est le seul pays francophone qui ne fait pas partie de l’O.I.F. (Organisation Internationale de le Francophonie) et la langue française n’y a pas de statut visible.
Sur les quelque 45 millions d’habitants, malgré l’absence de statistiques linguistiques (interdites pour des raisons internes au pays), on considère que près de la moitié de la population parle français, soit plus ou moins vingt millions de personnes, mais ce chiffre reste discutable, car non vérifiable.
L’Algérie nous a donné de magnifiques écrivains à commencer par l’un des cadres du FLN, Kateb Yacine qui, ayant déclaré que la langue française était un « butin de guerre », lui attribua ce rôle : « J’écris en français pour faire comprendre aux Français que je ne suis pas Français » ;
Pensons aussi à Assia Djebar, récemment décédée, et qui fut élue à l’Académie Française en 2005 ;
Un autre algérien s’est fait une place dans notre littérature et connaît un succès international grâce à la mise en scène de films à partir de ses romans (Ce que le jour doit à la nuit) : Yasmina Khadra, ex-officier supérieur de l’armée de terre, qui nous déclare « C’est transmettre l’émotion qui m’importe. Je pousse la langue française jusqu’à ses limites pour montrer qu’elle peut exprimer tout ce que je veux » et aussi « La langue française m’a reconstruit. Elle m’a toujours accompagné et je veux la mériter ». Mohamed Dib (grand prix de la francophonie en 1994) assure : « je me suis fait et découvert avec cette langue ». Le linguiste, professeur à l’université d’Alger, Khaoula Taleb Ibrahimi nous résume la place du français aujourd’hui : « Le français n’est plus ce « butin de guerre », comme l’écrivait Kateb Yacine. Le rapport à la langue a changé… En fait, le français est maintenant devenu une langue étrangement algérienne ». Bien d’autres écrivains algériens auraient mérité une place dans ce récapitulatif mais, bien sûr, c’eut été trop long de les citer tous.
Un autre écrivain d’origine algérienne Boualem Sansal vient d’accorder un entretien à l’hebdomadaire Valeurs Actuelles* et fait le point sur la situation de notre langue, non seulement en Algérie, mais aussi en France et à l’international.
Boualem Sansal a été enseignant-chercheur puis haut fonctionnaire en Algérie. Il est aujourd’hui écrivain en langue française : nombre de ses livres - essais, romans, nouvelles - ont été couronnés par des prix.
Il est aussi un lanceur d’alerte et il met en garde la France contre les graves malheurs qui la guettent. Il vient de publier un essai Le français, parlons-en !, aux Éditions du Cerf.
Boualem Sansal parle à dessein de Notre-Langue, comme on dit Notre-Dame, avec cette interrogation douloureuse : « Qui la sauvera, qui la guérira du mal qui la ronge, qui saura lui rendre sa beauté, sa force et son intelligence ? ».
Ce plaidoyer pour le français qui est selon lui « la langue de la puissance, de la liberté, de la beauté, de la connaissance, de la diplomatie, de la révolution universelle, de la séduction, de l’art de vivre dans la légèreté », est aussi l'occasion d'évoquer l'Algérie d'hier, d'aujourd'hui et de demain, dont la rancœur contre la France semble être un carburant inépuisable (et si la France avait été coupable… d'avoir trop aimé l'Algérie ?).
Alain Sulmon,
Défense de la langue française
39A chemin de l’Usclade
30340 - Saint Privat des Vieux
Téléphone : 03 32 74 40 50
Courriel : Alain.sulmon(chez)gmail.com
Publié par Régis RAVAT le 11 novembre 2024
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Orthographe : sylvie.costeraste@laposte.net





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