Abandon du français en Algérie : l'anglosphère empoche la mise !
Contre toute logique, l’Algérie vient de décider de rétrograder la langue française au rang de deuxième langue étrangère enseignée dans le pays, alors qu'elle n’a jamais été autant parlée dans le monde et que l’espace francophone vient de dépasser les 600 millions d’habitants.
Par Ilyes Zouari
La volonté du régime algérien de sortir le pays de la grande famille francophone est donc désormais incontestable. Si l’Algérie est un pays souverain, libre de mener les politiques qu’il souhaite, la France est également un pays souverain, libre de décider par lui-même, notamment sur les questions migratoires. L’attitude algérienne rend désormais plus que jamais légitime la mise sur la table de la question de l’interdiction des visas aux ressortissants algériens, ainsi que celle de la remigration, au moins partielle, des populations algériennes de France.
Le ministre algérien de l'Éducation nationale a annoncé, le 25 juillet dernier, la décision de remplacer le français par l’anglais en tant que première langue étrangère enseignée dans le pays à partir de la prochaine rentrée scolaire. L’anglais serait ainsi appris à compter de la troisième année du primaire, alors que le français le serait à partir de l’année suivante. Cette décision historique (qui pourrait bientôt permettre au pays, à en croire les arguments présentés, de produire ordinateurs, voitures et avions, comme le Nigeria, le Zimbabwe, l’Égypte ou encore l’Arabie Saoudite…) démontre de manière désormais incontestable que la volonté du régime militaire algérien n’est pas seulement de généraliser l’enseignement de l’anglais au primaire, comme le font déjà intelligemment ses voisins marocains et tunisiens (et même depuis des décennies pour la Tunisie), mais surtout de sortir carrément le pays de la grande famille francophone et de faire donc de l’Algérie, à terme, un pays anglophone (ou plus précisément un pays arabo-berbéro-anglophone).
Une décision irrationnelle et contre-productive
Cette décision est pourtant contraire à toute logique économique ou géopolitique, notamment car l’Algérie est frontalière ou proche de nombreux pays francophones, dont elle se coupera progressivement, et que la langue française n’a jamais été autant parlée dans le monde. À titre d’exemple, le monde francophone, à lui seul et dans sa définition la plus stricte (ne tenant pas compte des pays simplement francophonophiles comme le Liban ou la Roumanie, ou encore des territoires flamands et anglophones de Belgique et du Canada, respectivement), vient de dépasser la barre des 600 millions d’habitants, notamment grâce à la vaste Afrique francophone, voisine de l’Algérie. Signe de cette montée en puissance, l’Angola, grand pays pétrolier de 40 millions d’habitants et sans aucun lien historique avec la France ou la Belgique, vient de rendre obligatoire l’enseignement du français, et ce dès le primaire.
L’Afrique francophone représente d’ailleurs quasi constamment la partie économiquement la plus dynamique du continent africain, la plus industrialisée, la mieux gérée, la moins touchée par l’inflation, la moins endettée, la moins corrompue et la plus stable du continent. Pour rappel, l'Afrique francophone subsaharienne a réalisé en 2025 le niveau de croissance économique le plus élevé du continent pour la 12e année consécutive, affichant un taux de croissance annuel moyen de 4,1 % sur la période 2014-2025, contre seulement 2,1 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne. Occasion de rappeler que de nombreuses populations d’Afrique francophone doivent aujourd’hui leur existence à la colonisation française, qui les sauva des horreurs et monstruosités commises pendant plus de mille ans par les Algériens, qui firent d’innombrables pillages, destructions, massacres et déportations, et pratiquèrent la castration à grande échelle des hommes noirs réduits en esclavage afin de les empêcher d’avoir une descendance.
Par ailleurs, toutes les études démontrent clairement la supériorité économique et sociale des pays arabo-francophones par rapport aux pays arabo-anglophones, en dehors des monarchies pétrolières du Golfe. De plus, et chose pouvant surprendre lorsqu’on ne fait pas partie des véritables experts en éducation, les classements internationaux en matière de maîtrise de la langue anglaise démontrent également la supériorité des pays francophones du Maghreb, dont l’Algérie, sur le reste du monde arabe, même en incluant les monarchies du Golfe
La question des visas, pour une France elle aussi souveraine
Certes, l’Algérie est un pays pleinement souverain. À ce titre, elle a parfaitement le droit de mener les politiques économique, sociale, culturelle et étrangère qu’elle souhaite. Mais ce que l’on oublie souvent, c’est que la France est également un pays souverain, qui a donc lui aussi le droit de mener les politiques qu’il entend, et notamment sur les questions migratoires. À partir du moment que l’Algérie a décidé de sortir de la grande famille francophone mondiale, rien n’oblige donc désormais, y compris d’un point de vue moral, la France à continuer à octroyer naïvement des visas aux ressortissants de ce pays. Il est donc désormais plus que jamais légitime de mettre sur la table la question de l’interdiction des visas à l’égard des Algériens, que cela concerne les étudiants, les travailleurs, le regroupement familial ou les visas de court séjour. En vertu du principe fondamental et sacré de la souveraineté des États, aucune loi internationale n’interdit à un État de décider de qui a le droit de s’établir sur son territoire, n’en déplaise à ceux qui prétendent le contraire.
Les Algériens devront donc demander des visas auprès des pays anglo-saxons, et en particulier l’Angleterre et les États-Unis. Toutefois, ils devront s’attendre à essuyer un nombre incroyablement élevé de refus, compte tenu de l’aversion historique de ces pays pour l’immigration arabe, à laquelle ils ont toujours préféré l’immigration asiatique. À titre d’exemple, il est intéressant de noter que les personnes originaires de pays arabes ne représentent qu’environ 10 % - soit le dixième ! - de la communauté musulmane du Royaume-Uni, alors que celui-ci avait colonisé près des trois quarts du monde arabe, démographiquement parlant. Quant au mépris des États-Unis pour l’immigration arabe, celui-ci n’est plus à démontrer… De plus, les rares heureux élus algériens qui auront le droit d’aller étudier en terre anglo-saxonne devront débourser des dizaines de milliers d’euros afin de financer leurs études. Ils devront alors s’endetter massivement, souvent cumuler plusieurs emplois (chose très courante aux États-Unis pour pouvoir vivre « décemment » dans ce pays où le rêve américain n’est qu’une chimère pour plus de 90 % des habitants), voire, pour les moins chanceux d’entre eux, rembourser leurs dettes étouffantes jusqu’au dixième ou quinzième anniversaire de leurs enfants.
Par ailleurs, il est nécessaire de noter que l’anglicisation de l’Algérie entraînera progressivement une explosion du port du niqab dans le pays, où le nombre de femmes concernées triplera, quadruplera voire décuplera d’ici une vingtaine d’années. En effet, l’Algérie s’alignera progressivement, lentement mais sûrement, sur les codes culturels et les mentalités des pays arabes anglophones du Moyen-Orient, qu’affectionnent tant les islamistes algériens, qui sont justement les plus farouches défenseurs de l’anglicisation. Déjà en retard sur ses voisines tunisienne et marocaine, dont les gouvernants ont toujours été guidés par l’intelligence et la sagesse depuis les indépendances, la société algérienne entrera donc dans un processus de régression, qui la conduira à faire bientôt partie des sociétés considérées comme arriérées par le reste du monde… Raison de plus pour mettre un terme à la délivrance de visa aux ressortissants algériens.
La question de la remigration, plus que jamais légitime
Enfin, la décision de l’Algérie de quitter la grande famille francophone rend également plus que jamais légitime d’étudier sérieusement la question de la remigration, au moins partielle, des populations algériennes de France. Là encore, aucune loi internationale ne conteste le droit fondamental et sacré de tout État de décider des personnes étrangères qui ont le droit de s’installer et de vivre sur son territoire, quelle que soit l’ancienneté de leur présence, et son caractère légal ou illégal. Ainsi, et sur les dix dernières années, l’Arabie saoudite a procédé à la remigration de quelques millions d’étrangers présents dans le pays. De leur côté, les États-Unis viennent de faire partir, de gré ou de force, plus de 500 000 personnes en seulement une année.
Quant à l’Algérie, il est utile de rappeler qu’elle n’est nullement en reste en la matière. Celle-ci a en effet déjà procédé à deux remigrations depuis son indépendance : celles des Européens en 1962-1963 (qui avaient construit en quelques dizaines d’années seulement ce que les Algériens avaient été incapables de construire depuis le départ des Romains bâtisseurs), et celle moins connue des Marocains, brutalement expulsés en décembre 1975. En quelques jours seulement, l’Algérie avait ainsi raflé et transféré plusieurs dizaines de milliers de personnes, considérées comme étant marocaines (mais dont certaines étaient présentes depuis plusieurs générations), sans même leur donner la possibilité de prendre leurs affaires et de vendre leurs biens.
Le cas des relations algéro-marocaines est d’ailleurs fort intéressant, puisqu’il se caractérise notamment par la fermeture totale des frontières, sur décision purement algérienne. Ainsi, plus aucune liaison terrestre, maritime, ou aérienne n’est permise entre les deux pays depuis 1994, soit depuis plus de 30 ans. De la même manière que l’Algérie a pris cette décision concernant le Maroc, la France peut également et parfaitement décider, du jour au lendemain, d’interdire toute liaison aérienne et maritime avec l’Algérie. Les ressortissants algériens encore présents sur son sol devront alors, tout simplement, passer par d’autres pays européens ou par la Tunisie pour se rendre en Algérie, tout comme le font déjà les Algériens souhaitant se rendre au Maroc.
Par ailleurs, il convient de ne pas oublier que la France n’a que de très faibles intérêts économiques en Algérie, qui constitue un partenaire quasi insignifiant pour l’Hexagone, pour lequel elle ne représente que 1 % du commerce extérieur. Même au niveau des hydrocarbures, qui constituent une part importante de ces maigres échanges, la part de l’Algérie dans les importations françaises est désormais marginale (10 % seulement), la France ayant largement diversifié ses fournisseurs, aux quatre coins de la planète, tout en ayant massivement investi dans le nucléaire pour réduire sa dépendance en la matière. L’Algérie est donc très loin d’avoir la même importance pour la France que pour l’Italie, par exemple. Des réalités qu’il convient de rappeler systématiquement à ceux qui présentent l’Algérie comme un partenaire économique important et bénéfique à l’économie française...
Sa biographie
Chercheur indépendant, expert en démographie et en géopolitique, et spécialiste du monde francophone.
Président fondateur du CERMF (Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone).
Auteur de nombreux articles et rapports, ancien collaborateur et membre de l’équipe dirigeante de la revue Population1 & Avenir, et auteur du « Petit dictionnaire du Monde francophone » (éditions L’Harmattan, 2015).
Le CERMF (Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone)
91 rue du Faubourg-Saint-Honoré, 75008 Paris
+33 (0)1 41 51 20 59
Adresse-courriel : info@cermf.org
Présence sur la Toile : www.cermf.org
L'avis de Davy Rodriguez, enseignant, influenceur et ancien militant politique
L'avis d'Abderrezak Dourari professeur en sciences du langage et directeur du CNPLET
Le petit mot de l'Afrav
En Algérie, la langue française est présentée comme une langue de colonisation. Soit. Mais, en réalité, presque toutes les grandes langues sont le produit d'une histoire de conquêtes, de migrations et de colonisations. Si les Français parlent aujourd'hui français, c'est parce que la Gaule a été conquise par les Romains ; sans cette colonisation, ils parleraient probablement encore une langue celtique et non latine comme aujourd’hui. De même, si le Maghreb n'avait pas été conquis par les Arabes venus d'Orient, on y parlerait aujourd’hui principalement le berbère plutôt que l'arabe.
La question n'est donc pas de savoir si une langue est née ou non d'une histoire de domination, mais ce que les peuples en font ensuite.
Pour les Africains, le français présente une particularité essentielle : avec la croissance démographique du continent, ils deviendront les principaux locuteurs de cette langue. Le français cessera progressivement d'être une langue principalement européenne pour devenir une langue majoritairement africaine. Les Africains se l'approprieront comme les États-Uniens se sont approprié l'anglais des premiers colons et en feront évoluer les usages selon leur propre culture.
Le français est probablement la seule grande langue européenne dont le centre de gravité démographique va se déplacer vers l'Afrique.
À l'inverse, ceux qui choisissent l'anglais s'intègrent à un ensemble linguistique mondial où ils resteront durablement minoritaires. Ils utiliseront certes une langue internationale, mais une langue dont les normes culturelles, économiques et politiques continueront d'être largement définies par les pays de l'anglosphère.
L'histoire récente montre d'ailleurs que le recul du français profite rarement aux langues nationales. Au Vietnam, après la guerre, l'enseignement du russe et du français a été progressivement abandonné au profit de l'anglais, notamment sous la pression des institutions financières internationales (FMI) contrôlées par les Étatsuniens. Au Rwanda, le français a été marginalisé sous le régime de Paul Kagame, allié des États-Unis. Autrement dit, lorsque le français recule, ce n'est pas toujours la souveraineté linguistique qui progresse ; il est souvent remplacé par une autre langue dominante, un autre impérialisme.
Il en va de même sur le plan politique. Le départ de la France de certains pays africains ne garantit pas davantage leur indépendance. D'autres puissances – américaines, chinoises, russes ou turques selon les cas – cherchent à y accroître leur influence. La véritable question n'est donc pas de remplacer une puissance par une autre, mais de construire des relations équilibrées entre États souverains.
On ne peut pas construire un avenir en demeurant prisonnier de la rancœur. Les Gaulois ont eux aussi été colonisés par les Romains. Ils ont perdu leur langue d'origine, mais ils ont progressivement construit une nouvelle civilisation, une nouvelle culture et une nouvelle langue. Les monuments romains qui font aujourd'hui la renommée de villes comme Nîmes témoignent de cette capacité à transformer un héritage douloureux en richesse commune.
La présence française en Afrique ne saurait être idéalisée. Elle comporte des pages sombres qu'il ne faut ni oublier ni minimiser. Mais elle a également laissé des infrastructures, des institutions, une langue de communication internationale et des éléments dont les peuples africains peuvent librement se saisir pour servir leurs propres intérêts.
Quant aux multinationales françaises qui exploitent les ressources africaines, elles exploitent également les travailleurs en France. Le problème relève donc moins d'une nationalité que d'un système économique. Et si les entreprises françaises disparaissaient, elles seraient souvent remplacées par des groupes d'autres puissances. La République démocratique du Congo illustre malheureusement combien les intérêts étrangers continuent aujourd'hui de peser lourdement sur l'exploitation des ressources africaines.
Bref, il semble que l'enjeu n'est donc pas de déconstruire systématiquement l'héritage du passé, mais de le mettre au service de l'avenir. Il faut construire des partenariats réellement gagnant-gagnant, lutter contre toutes les formes d'impérialisme sans distinction, et transformer les épreuves de l'histoire en force pour les générations futures. Un peuple grandit lorsqu'il parvient à faire de son passé un levier plutôt qu'un fardeau.
Régis Ravat,
Président
Publié par Régis RAVAT le 05 aout 2026
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Orthographe : sylvie.costeraste@laposte.net








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